Benoît Deschênes et sa classe «spéciale» ont enregistré un album d'une dizaine de chansons.

La musique comme motivation

Il y a de beaux projets qui se réalisent régulièrement dans les écoles de la région. Je le sais par le nombre d'invitations que je reçois annuellement des écoles de l'Est ontarien et de l'Outaouais.
Et je ne peux pas accepter toutes ces invitations. Impossible. Je manquerais de temps dans ma semaine et d'espace dans nos pages.
Mais j'aime bien de temps à autre aller jeter un coup d'oeil sur un projet scolaire unique et original. Un peu pour rencontrer les adultes de demain, un peu pour mettre en valeur ces enseignants et étudiants qui mettent leur coeur dans leur projet, et un peu aussi - et c'est un peu égoïste, je l'avoue - mais un peu par nostalgie d'une enfance de plus en plus lointaine.
Benoît Deschênes, enseignant en éducation artistique, m'a invité la semaine dernière à visiter l'une de ses classes de musique du Collège catholique Samuel Genest, à Ottawa.
Sa classe «spéciale» ou «distincte», comme on dit. Ou sa classe d'élèves à besoins spéciaux. Ou encore - pour utiliser le jargon scolaire - sa classe «d'élèves qui ne font pas partie du cheminement régulier».
Mais je préfère le terme «classe spéciale». Parce que ces élèves âgés de 15 à 17 ans ont travaillé cette année sur un projet vraiment «spécial». Un projet que des classes dites «normales» n'auraient peut-être pas pu mener à terme.
Pour une troisième année consécutive, cette quinzaine d'étudiants a, avec l'aide de leur prof, enregistré un album d'une dizaine de chansons. Dont une intitulée La vie c'est du sport, la vie c'est de l'art (en ligne sur YouTube) qu'ils ont composée avec la compositrice et interprète fransaskoise, Anique Granger.
Cette dernière a passé une semaine complète avec ces élèves pour préparer cette chanson. Il y a deux ans, c'est le Franco-Ontarien Damien Robitaille qui leur avait donné un coup de pouce. Et l'an dernier, ils ont reçu une visite d'une heure de Véronique DiCaire, qui était brièvement de passage dans la région entre une série de spectacles en France et son show en permanence à Las Vegas.
Ce projet d'album de chants, M. Deschênes le réalise uniquement avec cette classe dite distincte.
«Certains des élèves qui ont travaillé sur ce projet étaient décrocheurs, explique-t-il. Il faut comprendre qu'on parle ici d'une clientèle différente. Et ce projet leur apporte la motivation de venir à l'école.
«La préparation de cet album nous permet de travailler la diction, la capacité de réciter certaines phrases avec des intensités et un rythme différents, parce que certains d'entre eux ont de la difficulté à s'exprimer. Ensuite, on fait beaucoup de travail d'écriture. Il y a donc des liens avec le français, l'écriture, la musique, la rythmique et tout ça. Et ça leur apporte une expérience différente des autres classes et ils aiment bien ça», ajoute l'enseignant.
Ce projet de Benoît Deschênes et de ces quinze élèves du Collège Samuel Genest est si unique et original que l'association des parents de la Commission scolaire de Montréal a invité l'enseignant dans la métropole pour qu'il puisse leur présenter son projet.
«Je vais y aller au printemps, dit M. Deschênes. J'ai bien hâte de partager ça avec eux. Je sais que mes élèves adorent ce projet. Donc si je peux le partager et offrir ce plaisir à d'autres étudiants, tant mieux.»
En fait, ses élèves aiment tellement son cours que certains d'entre eux songent à faire carrière en musique quand ils seront «grands».
Comme Sandra, qui aimerait plus tard enseigner la musique tout en jouant dans un band.
Rama, lui, est indécis. Une partie de lui veut devenir chanteur. L'autre partie rêve de devenir astronaute. «Tu pourrais devenir le prochain Chris Hadfield et chanter dans l'espace», que je lui lance. «Ouais... ça ne serait pas bête, ça», répond-il en souriant timidement.
Alexandre veut pour sa part devenir guitariste. La guitare électrique surtout. «J'écoute beaucoup le vieux rock, dit-il. J'aime beaucoup ça. Mais êtes-vous obligé d'écrire mon prénom?», me demande Alexandre.
- Mais pourquoi? Aimerais-tu mieux que j'écrive ton nom de musicien?
- Oui. C'est Eddie Van Halen. (Rires dans la classe).
- Donc Alexandre Eddie Van Halen?
- Non. Juste Eddie Van Halen.
- Pas de problème, Eddie».
Je le comprends. À son âge, j'étais Paul McCartney...
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Pour vous procurer l'album de la classe de Benoît Deschênes (au coût de 5$): Le Collège catholique Samuel Genest, 613-744-8344. Tous les profits seront remis à un organisme de bienfaisance de leur choix.