La mouette retrouvée dans le stationnement du cinéma Starcité, dans le secteur Hull, un peu plus tôt ce mois-ci.

La mouette ensanglantée

Nous vivons dans un pays merveilleux.
La Palestine, l'Ukraine, la Syrie, et j'en passe, sont à feu et à sang, des roquettes sifflent dans le ciel, des enfants meurent dans les bombardements. Pendant ce temps, à Gatineau, on s'inquiète de quoi? Du sort réservé par les autorités publiques à... une mouette ensanglantée.
Une «mouette blessée et non décédée» pour reprendre la curieuse tournure de phrase du Gatinois qui a attiré l'attention sur son aventure dans un courriel qu'il a fait parvenir à des médias de la région.
Voilà donc ce monsieur qui sort du stationnement du cinéma Starcité, un dimanche de juillet, avec son fils de 7 ans. Et qui découvre une mouette blessée, étendue en plein milieu de la chaussée.
Intrigué, il stoppe la voiture, puis accourt au chevet du volatile en détresse. «La mouette était visiblement blessée, car son aile droite était ensanglantée et virée à l'envers», relate-t-il.
Avec l'aide d'un couple qui s'était approché pour s'enquérir de la situation, le monsieur réussit à déplacer l'oiseau sur un îlot de verdure. On panse son aile blessée avec des essuie-tout. L'oiseau se débat. Pour éviter qu'il ne blesse ceux qui tentent de lui sauver la vie, on lui ferme le bec avec un élastique à cheveu, gracieuseté de la dame.
Notez, déjà, le surréalisme de l'affaire. De bons samaritains qui s'appliquent à secourir un volatile honni, autrefois surnommé le «rat des mers» et qu'on associe de nos jours à l'environnement peu glorieux des chaînes de restauration rapide...
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L'histoire ne se termine pas là. Le drame de cet oiseau, vous allez vite le réaliser, c'est qu'il a eu la mauvaise idée de se faire blesser un jour de week-end.
Notre monsieur téléphone donc à la Ville de Gatineau afin d'obtenir de l'aide. On lui répond que le contrôle animalier n'est pas ouvert le dimanche. Il n'a qu'à laisser la mouette sur place en attendant que quelqu'un aille la ramasser... le lendemain.
Outré qu'on fasse si peu de cas d'une mouette qui «saigne passablement et qui est relativement agressive», le monsieur insiste.
On le transfère au Service de police de la Ville de Gatineau où on lui sert la même réponse. «J'ai vérifié avec mon superviseur et la police ne s'occupe pas des mouettes blessées», lui explique une policière. Je l'entends rire d'ici.
Le monsieur, lui, ne rit pas. Il s'indigne: «J'en comprends que dans la 4e ville du Québec, nous n'avons d'autres recours, dans une telle situation, que de laisser l'animal blessé mourir dans un stationnement public, avec tous les risques que ça comporte...»
J'ai envie de dire qu'il y a pire, monsieur. Car enfin, cette mouette aurait pu mourir d'une indigestion de frites dans le stationnement d'un McDo. Voilà ce qu'on aurait pu qualifier de véritable tragédie.
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Je me moque, mais pas tant que ça.
J'aime ces histoires d'animaux pour ce qu'elles racontent sur l'être humain.
Dans cette histoire, remplacez le mot mouette par humain et, soudainement, vous êtes en Palestine ou en Syrie.
On vit dans un pays où on a le luxe de s'inquiéter du sort d'une mouette ensanglantée, par un beau dimanche de juillet.
Plus que ça, on a même des organismes pour prendre soin des oiseaux blessés.
C'est d'ailleurs la conclusion de cette histoire. Le monsieur a fini par confier la mouette à un organisme d'Ottawa, le Wild Bird Care Center.
Vous dire si cet organisme a la santé des oiseaux à coeur... Sur son site Web, on explique la marche à suivre si un oiseau est blessé lors d'une «collision avec une fenêtre», un «impact avec un véhicule» ou, pire, lorsqu'il se fait attaquer par un chat.
Dans le cas de la mouette blessée, l'organisme a promis d'évaluer les chances de survie de l'animal avant de décider s'il allait falloir l'euthanasier.
«Au moins, eux, ils s'occupent de la situation», conclut notre monsieur, que je sens un peu découragé à la fin de sa lettre.
Ne perdez pas espoir, monsieur. Considérez plutôt que nous vivons dans un merveilleux pays où, au final, même les mouettes ne sont pas laissées pour compte.