La mission accomplie de Maïna

Maïna relève de la volonté de Michel Poulette de transposer au grand écran l'histoire d'abord écrite par l'auteure Dominique Demers : celle du choc des cultures entre Innus et Inuits, bien avant l'arrivée des Blancs.
Les défis étaient grands. Les écueils, tout aussi importants.
Le réalisateur de Louis 19 et Histoire de famille peut toutefois dire mission accomplie : avec ses paysages (Mingan et le Grand Nord) à couper le souffle et ses acteurs naturels, saisissants de vérité, Maïna éclate et vibre tel un hymne à l'amour et à la liberté.
Le réalisateur évite aussi fort habilement toute condescendance dans sa manière de tourner cette fascinante et rare incursion chez ces Premiers Peuples, qui se racontent ici non seulement par le biais d'une distribution issue de leurs communautés, mais aussi dans leur langue respective.
Apprivoiser l'autre
Fille du chef des Presque Loups, Maïna (Roseanne Supernault) est une adolescente qui ose remettre en cause l'ordre établi au sein de son clan. Le fait qu'elle chasse, entre autres, ne plaît pas à tous. Surtout pas à Saitu (Flint Eagle), qui cherche à détrôner le père de la jeune femme et rêve de la mâter.
L'arrivée d'une petite bande d'Inuits sur le territoire innu chamboule tout. Réalisant que Nipik (Uapeshkuss Thernish), le fils de sa meilleure amie décédée a été kidnappé par les « hommes de glace » au cours d'une attaque menée par Saitu, Maïna repart à la chasse, cette fois sur la piste de l'ennemi. Un ennemi que l'adolescente devra apprivoiser, quand elle devient elle-même la deuxième prisonnière de Natak (Ippellie Ootoova) et les siens.
Ce rapprochement amoureux entre Maïna et Natak ne sera pas sans créer des remous parmi les Inuits, ni sans confronter les deux jeunes gens à leurs propres convictions quant à leurs traditions et leur place respectives au sein de leur couple et de leur groupe.
Car comment s'intégrer sans s'aliéner, sans se dénaturer ? Où commence l'assimilation et la soumission ? Comment aimer si l'on ne se reconnaît plus ?
Si la première partie du film flirte plus avec l'action (la longue et ardue randonnée à pied et en canot pour se rendre dans le Nord), la seconde donne plus dans l'introspection. L'igloo, qui isole autant qu'il protège, devient la métaphore du tumulte intérieur que vivent Maïna et Natak.
Ainsi, toute convenue qu'elle puisse être sur certains aspects, l'histoire immerge néanmoins le public dans deux cultures bien différentes (dans la manière de s'embrasser et le rapport à la terre et à la mer, par exemple). Deux cultures enracinées et incarnées par une solide brochette de comédiens, éloquents dans leurs moindres gestuelles et mots.
À ce chapitre, le recours à la narration en français (qui semble même superflue, par moments) permet justement d'éviter les dialogues inutiles et, du coup, une surabondance de sous-titres. Le spectateur peut dès lors se concentrer sur les regards échangés et les gestes posés par les personnages, qui « parlent » tout autant, sinon plus, que n'importe quel discours.
Grandeur nature
En faisant confiance à ses acteurs et à ses images de la sorte, en leur donnant l'espace dont ils avaient besoin pour s'exprimer, Michel Poulette donne tout son sens à son film.
Par leurs choix de cadrages embrassant le quotidien de ces peuples vivant en harmonie avec une nature aussi sauvage que nourricière, le réalisateur et son directeur photo Allen Smith ont également su faire de Mingan et du Nord québécois des personnages à part entière.
Ils signent un véritable poème à l'impressionnante beauté sauvage du Québec. Le regard du spectateur suit ici les méandres des rivières, plonge là dans les chutes et la forêt, ou encore se perd à l'horizon dans la toundra.
Ne serait-ce que pour voir ces magnifiques images sur grand écran et pour entendre résonner le rire cristallin de Roseanne Supernault, Maïna vaut amplement le détour.
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Maïna. De Michel Poulette. Avec Roseanne Supernault, Ippellie Ootoova, Uapeshkuss Thernish.
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