La critique est élogieuse envers Guy Nadon dans la pièce Tu te souviendras de moi, présentée à la Maison de la culture de Gatineau.

La mémoire et le désespoir d'Édouard

Pirouette facile, il paraît qu'après avoir vu le spectacle, on se souviendra de lui. La critique ne tarit par d'éloges à l'égard de Guy Nadon, interprète du rôle principal dans la pièce Tu te souviendras de moi, présentée les 25 et 26 septembre à la Maison de la culture de Gatineau.
Il y incarne Édouard, un professeur d'histoire retraité dont la mémoire commence à flancher. Dans sa famille, personne n'a le temps de prendre soin de lui. Sa femme le confie à leur fille Isabelle. Trop accaparée par son travail, cette dernière n'a que peu de temps à consacrer à son père qui se liera d'amitié avec la fille du nouveau conjoint d'Isabelle.
Quand on lui demande à quoi attribuer le succès d'une telle production reprise en tournée québécoise, Guy Nadon préfère s'effacer derrière l'auteur du texte, François Archambault, en soulignant son talent à avoir su doser «la dimension très dramatique et bouleversante du sujet et le potentiel comique qui résulte du premier stade des troubles cognitifs.» L'acteur nous promet qu'on rit autant qu'on pleure - une gageure au théâtre!
La pièce remuerait certains tabous actuels et semble toucher sa cible. «Elle expose le rabaissement auquel seront exposées beaucoup de personnes», prévient Guy Nadon. Avant de corroborer par certains chiffres: la Fédération québécoise des sociétés Alzheimer estime que dans 20 ans, le nombre de Québécois atteints d'Alzheimer aura doublé.
Sous la plume de François Archambault, la déchéance personnelle d'Édouard devient aussi symptomatique d'une perte de mémoire collective.
«Issu du milieu dynamique des années 1960/1970, le personnage d'Édouard a défendu l'octroi d'une politique à la culture francophone en Amérique du Nord, raconte Guy Nadon. Il ambitionnait même l'apparition d'un pays; ça ne s'est pas fait.» Avec le départ d'une génération, c'est tout un pan de la mémoire collective qui serait menacé; une façon de mesurer le temps qui a passé et les changements d'époque.
Comédien au long cours, aussi bien sur scène (sa formation initiale) où il incarna Cyrano et Richard III, au cinéma qu'en téléromans, Guy Nadon n'oublie pas les années de travail qui l'ont mené au pinacle de sa carrière... et la reconnaissance qu'il a connue tardivement. «Cela fait 41 ans que je fais ce métier, j'ai commencé à recevoir des prix il y a tout juste cinq ans», rappelle-t-il sans amertume.
Le dernier prix en date? Une récompense, dimanche, au Gala Gémeaux pour son incarnation de l'homme d'affaires Samuel O'Hara dans la saga familiale O'. Selon lui, le déclic se serait produit en 2008 lors d'une scène de retrouvailles entre un père et son fils, dans la série télévisée Aveux.
«Dès la première répétition, j'ai ressenti une grande vague émotionnelle», se souvient-il. La suite est une histoire de «patience, concentration et discipline», valeurs cardinales qu'il inculque à ses élèves de l'École nationale de théâtre.
Pour l'heure, il se consacre entièrement à la tournée de Tu te souviendras de moi qu'il verrait bien au cénacle du répertoire classique québécois.
Pour y aller
Quand? 25 et 26 septembre
Où? Maison de la culture de Gatineau
Billets: 819-243-2525 ou salleodyssee.ca