Roger Hadfield, le père de l'astronaute Chris Hadfield, a piloté des B-17 après la guerre. Sa mission consistait à cartographier le Grand Nord canadien. Hier, c'était la première fois qu'il y remettait les pieds depuis 53 ans.

La légende du B-17

Une beauté du ciel.
Ce n'est pas n'importe quel avion de la Seconde Guerre mondiale qui a atterri à l'aéroport de Gatineau hier midi. Le Boeing B-17 n'est rien de moins qu'un appareil de légende pour tous ceux qui s'y connaissent en aviation militaire.
Ce sont des bombardiers américains de ce type qui ont détruit la capacité industrielle de l'Allemagne nazie et contribué à la victoire décisive des Alliés en 1945. Il s'est construit plus de 12000 exemplaires de la «Forteresse volante», le surnom qu'on lui attribuait en raison de la puissance de son armement défensif.
Pour ceux qui ont vu le film Memphis Belle, voilà quelques années, on parle du même type d'appareil.
Bref, il ne reste que cinq ou six exemplaires encore en état de marche de cette merveille volante à travers le monde. Et celui-là, qui nous vient de l'Arizona, passe la semaine à Gatineau. D'ici dimanche, il sera possible de visiter l'appareil pour 10$. Les mieux nantis pourront même se payer un vol à bord pour quelques centaines de dollars.
À Gatineau, on a souvent la chance de voir voler de vieux coucous datant de la guerre. C'est beaucoup grâce à la Fondation des Ailes d'époque du Canada. Derrière toute cette activité aérienne se cache le riche homme d'affaires d'Ottawa, Michael Potter.
Après avoir fait fortune dans la haute technologie, l'ex-patron de Cognos se consacre à sa passion de l'aviation. Lui-même pilote, il a acquis plusieurs avions de guerre qu'il entrepose dans son hangar de l'aéroport de Gatineau. De temps en temps, ses contacts permettent d'attirer un objet rare comme ce B-17 Flying Fortress.
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Le gros quadrimoteur argenté s'est posé tout en douceur sur la piste de l'aéroport de Gatineau. À son bord, son équipage américain, mais aussi Roger Hadfield, le père de l'astronaute Chris Hadfield. M. Hadfield a piloté des B-17 après la guerre. Sa mission consistait à cartographier le Grand Nord canadien. Hier, c'était la première fois qu'il y remettait les pieds depuis 53 ans.
Âgé de près de 80 ans, M. Hadfield a apprécié l'expérience et a même pris les commandes durant le voyage. «Je ne me rappelais plus à quel point c'était exigu et combien ça vibrait, mais à part ça, c'était merveilleux», a-t-il dit en posant le pied sur le tarmac.
L'histoire d'Ottawa est liée de près au B-17. Pendant la guerre, l'aviation canadienne a acquis six appareils. Ils décollaient de Rockcliffe pour livrer le courrier aux soldats qui combattaient en Europe. Trois des appareils acquis des Américains étaient en mauvais état, raconte l'historien Mathias Joost. Satanés Américains, ils nous avaient refilé de la camelote!
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Vous dire combien j'aurais aimé voler en B-17... L'envolée médiatique prévue hier a été annulée en raison de la météo exécrable.
On a quand même pu visiter l'intérieur de l'appareil. Il faut se contorsionner pour se mouvoir à l'intérieur de l'étroite carlingue, entre les grosses mitrailleuses et les bonbonnes d'oxygène.
Ces machines de guerre n'étaient pas conçues pour le confort. Les bombardiers volaient à 10000 mètres d'altitude sans cabine pressurisée. Pour l'équipage, lutter contre le froid intense et se ravitailler en oxygène était un défi perpétuel... Sans compter les avions allemands en maraude.
Shelley Bolke fait partir de la tournée qui accompagne le B-17. Et c'est un délice de l'entendre raconter les aventures des jeunes aviateurs qui ont volé à bord de ses appareils. Entendre ces histoires alors qu'on est soi-même assis dans l'appareil leur donne une saveur bien particulière.
Mme Bolke a entendu une partie des anecdotes de la bouche du pilote du Memphis Belle, Robert Morgan. Beaucoup portent sur l'extraordinaire résistance des B-17. Elle raconte qu'un appareil est revenu à sa base avec un avion ennemi encastré dans sa carlingue. Un autre est parvenu à atterrir, la queue de l'appareil retenu avec des harnais de parachute...
Les équipages n'avaient qu'une chance sur quatre de compléter les 35 missions qui leur procuraient un billet de retour à la maison. On ose à peine imaginer les émotions qu'ils ressentaient dans ces extraordinaires machines volantes.