La larme olympique

Les Jeux olympiques ont le tour de remettre les choses en perspective.
Habituellement, je m'en fiche pas mal de tous ces sports présentés aux Jeux. Le hockey étant l'exception. Mais à part le hockey...
Au cours des quatre dernières années, jamais, mais jamais, n'ai-je regardé une compétition de patinage artistique ou de vitesse. Ou de ski acrobatique, ou de curling, ou de luge, ou de bobsleigh, ou de...
Je ne pourrais vous nommer le meilleur lugeur au monde, ni le meilleur Canadien à ce sport. Je ne pourrais vous nommer le skip de l'équipe canadienne de curling, chez les hommes ou chez les femmes. Je ne pourrais vous nommer un seul des Canadiens dans la compétition de bobsleigh. Et je pourrais continuer.
Il y a à peine une semaine ou deux, j'aurais été bien embêté si on m'avait demandé : « Qui sont les soeurs Dufour-Lapointe ? » J'aurais probablement répondu n'importe quoi. Des danseuses à claquettes, mettons. Parce que j'avoue que je n'avais jamais entendu parler de ces skieuses québécoises exceptionnelles. Oui, j'ai probablement vu leurs noms dans le journal à quelques occasions. Mais sans y porter attention et en ignorant les textes à leur sujet. Tout simplement parce que je n'ai aucun intérêt pour le ski sous toutes ses formes.
J'espère que vous me comprenez. Si, par exemple, vous n'avez aucun intérêt pour la Ligue canadienne de football, allez-vous vous arrêter au résultat d'un match entre les Alouettes de Montréal et les Tiger-Cats de Hamilton ? Allez-vous lire ou regarder les reportages sur Anthony Calvillo ? Allez-vous vous demander qui est Anthony Calvillo ?
Non, non et non. Parce que vous vous en fichez.
Et c'est comme ça pour moi en ce qui a trait aux sports amateurs. Zéro intérêt. Zéro curiosité. Sauf aux quatre ans...
Pourquoi cet intérêt soudain aux quatre ans ? Je l'ignore.
Mais l'autre jour, quand on a glissé les médailles d'or et d'argent au cou des soeurs Dufour-Lapointe, j'ai versé une larme. Je l'avoue.
Ces moments olympiens viennent me chercher chaque fois. Quand les premières notes de l'hymne national du Canada se font entendre et que la caméra fixe le visage du gagnant ou de la gagnante, et qu'on peut voir dans ses yeux la fierté et le sentiment du devoir accompli, c'est touchant. Profondément touchant.
Je croyais m'ennuyer du hockey de la LNH au cours des deux prochaines semaines. Mais c'est tout à fait le contraire.
Depuis quelques soirs, je m'assure d'être confortablement assis devant la télé pour écouter l'émission Bons baisers de Sotchi afin de voir les faits saillants de la journée et d'entendre les champions olympiques canadiens se raconter. Une émission quotidienne de deux heures à Radio-Canada que je ne manquerais pas pour tout l'or du monde. Ou pour l'or olympique, dans ce cas-ci.
Ce qui me ramène à ma question : pourquoi là, en cette période précise ? Pourquoi cet intérêt soudain pour des sports que je ne regarde habituellement jamais ?
Peut-être parce que c'est rafraîchissant de voir de jeunes athlètes de chez nous et de partout au monde réaliser leurs rêves. Et de comprendre tous les sacrifices qu'ils ont faits dans leur vie pour y arriver.
Nous sommes bien loin des joueurs de la LNH qui rêvent de gagner la coupe Stanley parce qu'ils savent qu'une bague de la coupe au doigt vaut automatiquement quelques millions de dollars de plus à leur prochain contrat.
Aux Olympiques, ce sont des athlètes. Dans la LNH, ce sont des PME.
Et parfois, ne serait-ce qu'aux quatre ans, je préfère admirer et encourager le travail des athlètes qui n'ont pour but que celui de se surpasser. Même si leur discipline me laisse habituellement indifférent.
C'est d'ailleurs la raison, je crois, pour laquelle le tournoi de hockey olympique est si populaire au Canada et ailleurs sur la planète. C'est parce que le temps des Jeux, les PME de la LNH redeviennent des athlètes qui ne visent ensemble qu'un seul et unique but : celui d'atteindre leur rêve.
Les Jeux olympiques ont le tour de remettre les choses en perspective, disais-je.
Là, vous m'excuserez, mais on s'apprête à remettre les médailles de bronze et d'or à deux autres Canadiens.
Quelqu'un aurait un mouchoir ?