Dans sa volonté de se rapprocher de Sam, devenu un ado porteur d'une rage autodestructrice, Luc l'enlèvera pour l'amener à une partie de chasse dont ils ne reviendront pas indemnes.

La Garde, ou la détresse au masculin

Un père et son fils. Séparés depuis que le premier a frappé le second. Dans sa volonté de se rapprocher de Sam, devenu un ado porteur d'une rage autodestructrice, Luc l'enlèvera pour l'amener à une partie de chasse dont ils ne reviendront pas indemnes. Mettant en vedette Paul Doucet et Antoine L'Écuyer, le plus récent long métrage de Sylvain Archambault, La Garde, relève de la volonté du réalisateur de briser le silence sur le « tabou » de la détresse d'un père « bafoué » par le système judiciaire, mais « sans faire le procès de personne », prévient-il.
Sylvain Archambault
« On ne fera jamais le tour d'un tel sujet en un seul film, puisqu'on touche au côté le plus sombre de l'être humain », soutient d'entrée de jeu Sylvain Archambault (French KissPiché: entre ciel et terrePour toujours, les Canadiens).
« Dans La Garde, il n'y a pas d'avant ni d'après. On tourne le "pendant", la photo d'un moment crucial dans la vie de cet homme, qui n'a absolument rien d'un héros, et de son fils, qui est la vraie victime de la situation », renchérit-il.
S'appuyant sur le scénario d'Ian Lauzon, Daniel Diaz et Ludovic Huot, élaboré en six semaines afin de profiter d'une enveloppe de 1,1 million $ des producteurs Lorraine Richard et Luc Martineau, le réalisateur a tourné « dans l'urgence » et en 14 jours ce huis clos en forêt où Sam deviendra un homme par la force des choses.
« Pour moi, il y a quelque chose du rite de passage, dans cette histoire. Parce que si Luc est sûr que c'est là le seul moyen de se rapprocher de son fils, Sam, lui, dans tout ça, n'est pas convaincu des réelles intentions de son père, qui oscille entre la folie et l'espoir. C'est là le noeud de l'affaire. »
Paul Doucet
Lui-même père de deux garçons, Paul Doucet n'a pas de difficulté à imaginer la douleur de Luc.
« Je sais ce que ça me ferait de perdre cette belle magie, la présence de mes enfants dans ma vie. Comme je sais que personne n'est à l'abri d'une erreur, que nos vies peuvent basculer d'un seul coup et briser ce qu'on tient trop souvent pour acquis, fait-il valoir. On comprend que la mère de Sam n'a vraisemblablement pas entretenu une image très positive de Luc auprès de leur fils. Cela dit, je n'excuse pas du tout le geste qu'il va poser ! »
Car en forçant la rencontre, le père provoquera le choc de deux solitudes, de « deux êtres qui ne se connaissent plus », qui n'auront jamais été aussi loin l'un de l'autre que côte à côte dans la cache où ils attendent l'arrivée d'un cerf...
D'ailleurs, pour le comédien, le « gros problème » de son personnage s'avère la solitude. Un isolement lié au manque de ressources pour l'aider et à « l'attitude mâle ne pas aller chercher le soutien nécessaire à s'en sortir ».
« Luc est frustré de se sentir aussi seul, abandonné de tous, dans ses tentatives de se rapprocher de son fils. Dans sa tête à lui, il a prouvé qu'il s'est repris et il mérite de voir son gars. »
Quand on soulève que son personnage aurait besoin d'un Georges, l'aumônier d'Unité 9 qu'il incarne au petit écran, dans sa vie, Paul Doucet n'hésite pas une seconde : « Encore faudrait-il que Luc soit prêt à lui parler et à entendre ce qu'un Georges aurait à lui faire réaliser par lui-même ! »
Antoine L'Écuyer
À 17 ans, Antoine L'Écuyer n'a plus les traits arrondis de Léon dans C'est pas moi, je le jure! de Philippe Falardeau. Dans La Garde, le jeune homme se glisse avec aplomb dans la peau de Sam, qui traîne sa rage jusque dans les ruelles où il boit et fume de la drogue. Avant d'être véritablement confronté à son père, cet étranger dont il craint les répercussions du profond désespoir autant que son propre désir de peut-être lui donner une deuxième chance.
L'adolescent de 17 ans, qui a perdu son père peu de temps avant le début du tournage, ne cache pas être « ressorti du bois en ayant appris beaucoup de choses ». Sur le jeu, certes, mais aussi sur lui.
« Je savais que ce serait demandant physiquement. Mais je ne me doutais pas que ce serait aussi exigeant mentalement... En lisant le scénario, en constatant la rage de Sam contre son père, je m'étais demandé ce que j'aurais fait dans sa situation... Ma relation avec mon père ne ressemblait pas du tout à la sienne... Pourtant, j'ai compris que, peu importe, il ne faut jamais être aussi dur avec ses parents que Sam peut l'être. Parce qu'en bout de ligne, c'est peut-être à soi-même qu'on fait le plus de mal... »