La folie du cupcake

Un commerce a ouvert ses portes dans le marché By, il y a un peu plus de trois ans, à deux pas des bureaux du Droit, là où se trouvait auparavant une tabagie.
Je ne sais trop pourquoi cette tabagie a plié bagages. Serait-ce peut-être parce que son propriétaire - un Français - refusait systématiquement de parler à ses clients francophones... en français ? En tout cas, c'est la raison pour laquelle je n'y retournais pas. Même s'il vendait pratiquement tous les quotidiens du monde.
Mais enfin. Il avait sûrement ses raisons pour quitter, le Monsieur.
Donc le commerce qui a pris sa place se nomme « The Cupcake Lounge ». On y vend principalement - vous l'aurez deviné - des cupcakes. Et un autre « Cupcake Lounge » a ouvert ses portes sur le chemin Richmond, dans l'ouest d'Ottawa.
Et ce commerce de cupcakes dans le marché By se trouve à deux minutes de marche d'un autre commerce de cupcakes. C'est la folie, quoi. Comme si le cupcake est l'invention du siècle.
Et pourtant...
N'y a-t-il rien de plus banal qu'un cupcake ? C'est un morceau de gâteau ! Rien de plus, rien de moins. Un simple morceau de gâteau recouvert du glaçage de votre choix. D'ailleurs, la traduction du mot cupcake dans les dictionnaires en ligne se lit : petit gâteau. Mais dans les commerces de cupcakes, comme le « Cupcake Lounge », ces « petits gâteaux » se vendent au prix ridicule de 3,45 $ l'unité, taxes en sus. Donc tout près de 4 $ pour un simple morceau de gâteau. Vous voulez une douzaine de cupcakes ? Ce sera 39 $, s'il vous plaît. Misère... C'est une crampe cérébrale collective ou quoi ?
Quand j'étais enfant, il n'y avait rien de plus commun qu'un cupcake pour dessert ou comme collation. Quand ma mère n'en préparait pas, on se tournait vers les cupcakes Vachon, vendus en paquet de deux, si ma mémoire est bonne, et disponibles en trois saveurs : vanille, fraise et chocolat. Et croyez-moi, la boîte d'une douzaine de « p'tits gâteaux Vachon », comme on les appelait, ne coûtait même pas 2 $ dans le temps. Disons qu'on était bien loin des 39 $ d'aujourd'hui.
Voici un extrait d'un texte trouvé sur le Web et intitulé : « La Folie des cupcakes » :
« Les années 50 marquent l'apogée des cupcakes en Amérique, les femmes au foyer préparaient des cupcakes pour toutes les occasions : fêtes, anniversaires, naissances, barbecues, goûter, Halloween ou encore comme cadeau de remerciement. Le cupcake a perdu tout son attrait au fil des ans... »
Voilà.
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Alors que s'est-il passé ? Qu'est-ce qui a pu bien déclencher cette folie des petits gâteaux banals ?
Je vais vous le dire : la télévision. Eh oui. La télévision. Comme quoi nous sommes tellement et si facilement influençables.
Voici ce qu'on peut lire dans ce même site « La Folie des cupcakes » :
« Le cupcake a perdu tout son attrait (au fil des ans) pour connaître un deuxième succès dans les années 2000 grâce à une apparition dans la série télévisée Sex and the City (version québécoise : Sexe à New York). Depuis il est devenu le gâteau à la mode qu'on trouve partout... ».
C'est quoi Sex and the City ?, se demandent ceux (comme moi) qui n'ont jamais regardé cette série télévisée. C'est une série de 94 épisodes de 30 minutes qui raconte l'histoire de quatre amies new-yorkaises âgées dans la trentaine et célibataires, m'apprend Wikipédia. Cette série fort populaire a été récipiendaire d'innombrables Emmy Awards et Golden Globes.
Donc il n'a suffi qu'une émission où l'actrice principale savoure un cupcake pour que la folie du petit gâteau se répande partout en Amérique du Nord.
Il était instantanément devenu « cool », le cupcake.
Si la populaire Sarah Jessica Parker, alias Carrie Bradshaw, en mange à Manhattan, je dois en manger aussi ! Et le temps d'empiffrer un banal petit gâteau, je m'imaginerai dans un petit café du Upper East Side à vivre au rythme étourdissant mais si enivrant de New York. Le temps d'un cupcake, je serai redevenu célibataire et replongé dans ma jeune trentaine. Le temps d'un cupcake, je serai in.
Que nous sommes influençables... Ce qui me console un peu, c'est que cette folie aurait pu être pire. Imaginez si Carrie Bradshaw avait commandé dans cette scène une pointe de « quiche au brocoli » plutôt qu'un cupcake... On ouvrirait aujourd'hui d'innombrables boutiques de quiches au brocoli. Et je déteste le brocoli. Et je ne suis pas friand de quiche non plus.
Les cupcakes, par contre. Ils étaient tellement bons, les p'tits gâteaux Vachon...