La Foire et l'ordre, de Philippe Brach

Décomplexé et toujours inspiré, Philippe Brach est d'une adorable irrévérence, lui qui brinquebale ses émotions en faisant les 100 pas dans un univers bordélique où cohabitent textes songés et observations biscornues, douceur rêveuse et fougue orageuse, bruitages et mélodies, sans jamais manquer ni de souffle ni d'harmonie.
Jeune chien fou, il ricane, chicane, espère et s'égosille, sans perdre de vue le fait que sa poésie frappe des murs. Il joue au schizophrène joyeux (rigolote Dans ma tête). Il rudoie le Créateur (sur l'endeuillée T'aurais pas pu nous prendre à deux, intense supplique dont les sonorités renvoient au Rain Dogs de Tom Waits).
Déconcertant? Au début. Le chemin à travers ce chaos est pratiquable. Puis confortable. On comprend vite pourquoi le jeune Saguenéen rafle sur son passage tout ce qu'il y a à rafler quand on émerge, même s'il abuse un peu trop des écarts vocaux dans les aigus. À la réalisation : « Pilou » Côté, au sommet de son art.