Récit de l'amour naissant entre Sara (Catherine Michaud) et Dan (Samuel Thivierge), La fille du Martin pèche par son scénario convenu et une direction d'acteurs déficiente.

La fille du Martin: scénario mince et prévisible

Réalisé et coproduit par Samuel Thivierge, jeune Québécois tout frais émoulu d'une école d'arts dramatiques de Vancouver, La fille du Martin, loin d'être un grand film, doit être vu et jugé comme un première oeuvre, tournée de façon indépendante, avec les moyens du bord.
Sauf que, quand un film indé débarque en salle dans le sillon des Xavier Dolan et des Denis Côté, cinéastes aux propositions artistiques audacieuses, mieux vaut avoir quelque prétention artistique, ou apporter quelque chose de neuf. Ce qui a priori n'est pas l'apanage de la «comédie romantique». Ni la prérogative de La fille du Martin, vendu comme tel, même si le ton de cette bluette fait plutôt dans le drame sentimental léger, se contentant de reléguer le comique au second plan, en périphérie de la relation des deux coeurs qui s'apprivoisent. Mais comme on semble vouloir s'adresser aux ados... la désignation «comédie romantique» sonne stratégiquement mieux, imagine-t-on.
En dépit d'un scénario bien mince, et si prévisible que c'en est désolant, La fille du Martin offre de belles images des Laurentides lacustres, en s'imposant des prises de vue techniquement variées. Le film fait preuve d'un certain sens du rythme, notamment au montage, se dote d'une bande sonore que le public cible appréciera, et permet à ses deux comédiens principaux de faire valoir leur magnétisme naturel.
Le jeu, parfois inégal, ne pose pas de souci particulier. Pas toujours articulées, les répliques de Dan (Thivierge) manque de limpidité, mais ça va avec le personnage, rétif et entêté, qui s'emmerde sur la pourvoirie familiale où il travaille, et qui marmonne souvent. La relation entre Dan et son frère Sebastian (Réal Thivierge, frangin aussi dans la vraie vie) est remarquablement bien traitée.
La courbe dramatique des tourtereaux (pris ensemble et séparément) par contre, est particulièrement aplatie, alors qu'elle est centrale au film, voire névralgique. Difficile d'avoir le recul nécessaire lorsqu'on est au four et au moulin, à la fois scénariste, réalisateur, producteur et comédien principal.
La caméra suit le parcours de la jeune Sara (Catherine Michaud, qui a grandi à Gatineau), jeune femme Montréalaise qui, en souvenir de son père récemment décédé, décide de passer une semaine en chalet dans la pourvoirie où il l'emmenait pêcher lorsqu'elle était enfant. C'est là qu'elle rencontrera Dan, le guide de pêche. Deux personnages au point mort affectif. Mais deux belles gueules. La suite, on la connaît déjà.
Le scénario tente de ménager quelques surprises qui n'en sont pas. On ne pouvait rien ériger de solide sur une planche aussi fragile. Dommage. Car il y a du travail et un certain talent, à défaut de génie.