Les Blind Boys of Alabama ont été invités à nouveau par le Festival de jazz d'Ottawa pour un concert à l'église.

La ferveur gospel à Ottawa

On se souvient encore de la ferveur gospel avec laquelle Mavis Staple avait soulevé les esprits de l'Église unie Dominion-Chalmers, en juin dernier. Cela tenait presque du miracle. Et du talent, assurément. Fort de ce succès, le Festival de jazz d'Ottawa réitère l'expérience gospel en invitant dans sa version hivernale les Blind Boys of Alabama, légendes vivantes du negro spiritual. Rendez-vous est pris dans la même église, dimanche 16 février à 19h.
Depuis ses débuts scéniques, en 1944, avec son groupe rencontré dans un centre pour non-voyants noirs, Jimmy Carter ne s'est jamais arrêté de chanter. Tout au long de son interminable carrière, il a prêté sa voix éraillée aux plus célèbres, s'associant aux grands noms de la production américaine, Tom Petty et Prince, pour ne citer qu'eux, sans oublier Ben Harper sur le bel album There Will Be Light en 2004.
En 70 ans de concerts, toujours la même présence, la même force dans une voix censée porter au paradis, grâce à une musique teintée de pop, de rock ou de blues.
«Les influences évoluent mais le message n'a pas changé, assure le chanteur avec conviction. Le gospel transmettra toujours la bonne nouvelle de Dieu, combien Il est bon à notre égard, et c'est ce que nous essayons de communiquer au public: notre joie d'être présents, connectés à Dieu».
À un âge vénérable - «au-dessus de 50 ans», expédiera-t-il d'une pichenette - le membre fondateur des Blind Boys aura traversé toutes les générations de musiciens, les obstacles d'un autre siècle aussi. Naître noir et aveugle dans l'Alabama des années 1930 n'était vraiment pas une sinécure, se remémore-t-il de son enfance sudiste.
«On chantait pour les Noirs uniquement, pour notre peuple, car la ségrégation ne nous autorisait pas à nous produire devant des Blancs. Seules certaines zones nous étaient permises. Mais je me souviens aussi très bien que les Blancs voulaient nous écouter, ils aimaient notre musique, ils l'adorent!.
Ironie du destin, c'est à la Maison-Blanche que Jimmy Carter a désormais ses quartiers, où il est reçu à bras ouverts par Barack Obama. Les six comparses n'hésitent d'ailleurs pas à mouiller leur smoking quand il faut y donner des concerts de charité.
Dans le gospel, genre considéré à tort comme galvaudé, voire caricatural, nul doute que ces garçons aveugles demeurent une référence authentique. Le secret tient surtout à leur lien au blues, musique profane que les interprètes de gospel sacré ont souvent vouée aux gémonies. Au blues, mais pas seulement. I'll Find A Way, sorti en octobre 2013 et réalisé par Justin Vernon (Bon Iver) s'ouvre sur de nouveaux horizons: il est garni de 11 titres d'obédience pop, rock, voire reggae. On y retrouve la collaboration vocale d'une nouvelle génération d'artistes, Sam Amidon, Shara Worden de My Brightest Diamond, le chanteur reggae Merrill Garbus, mais aussi Casey Dienel de White Hinterland, Patty Griffin, ou encore Justin Vernon.
Mais quand on lui demande quelle est sa chanson préférée, parmi tous les registres possibles et imaginables, Jimmy Carter n'hésite pas une seconde: son coeur penche pour les vibrations originelles d'un Amazing Grace, un incontournable de ses prestations. On a hâte.
Où ? Église unie Dominion-Chalmers
Quand ? Le 16 février, 19 h
Renseignements ? 613-241-2633