Après avoir chanté la pomme à ses fans de Québec, vendredi soir, Lady Gaga fera de même à Ottawa samedi.

La démesure Gaga arrive à Ottawa

En 2008, Just Dance atteint le plus haut sommet des palmarès aux États-Unis, en Australie, au Canada, en Irlande, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.
Quelques mois plus tard, Poker Face remporte un succès mondial, arrivant en première place dans les classements de plus de 20 pays. Et avec un tempo de 120 battements par minute, elle continue de résonner dans les centres sportifs, question de maintenir la cadence sur le vélo de spinning.
Avec ce départ canon, Lady Gaga, autrefois danseuse à gogo pour arrondir ses fins de mois, posait à l'âge de 22 ans les jalons d'une carrière qui l'a propulsée au rang des figures emblématiques de la culture pop les plus influentes de l'heure.
Samedi soir, elle débarque pour une troisième fois à Ottawa depuis 2009, en mode festival au Bluesfest, dans le cadre de sa quatrième tournée mondiale, ArtRave: The Artpop Ball.
Question d'image
Extravagante, provocante, dévergondée, vulgaire, avant-gardiste, engagée: toutes les épithètes ont été accolées à la diva new-yorkaise qui, depuis ses débuts, multiplie les stratégies pour promouvoir son image de marque, poussant parfois à l'extrême la théorie du «parlez-en bien, parlez-en mal, mais parlez-en».
Le 19 juin dernier, TMZ diffusait un extrait de 30 secondes du vidéoclip Do What U Want dans lequel on y voit notamment le photographe Teddy Richardson, connu pour ses photos de célébrités, et le rappeur R. Kelly, déguisé en médecin, faisant un «examen» à Lady Gaga, nue sous une couverture, à demi consciente. Or, les deux hommes ont un passé douteux, le premier ayant été accusé de harcèlement sexuel par ses mannequins, l'autre de pornographie juvénile et d'agression sexuelle sur une enfant de 12 ans. Sous prétexte de vouloir éviter les représailles, Lady Gaga a retiré la vidéo. Sommes-nous ici en présence d'un cas par excellence de pompier-pyromane? Chose certaine, tous les réseaux sociaux se sont enflammés.
Après des passages au Festival international de jazz de Montréal (aux côtés de Tony Bennett), au Centre Bell et au Festival d'été de Québec, elle s'installe samedi soir sur les plaines LeBreton pour présenter, entre autres, les chansons de ARTPOP, album issu d'une démarche singulière, qu'elle qualifie d'«Andy Warhol inversé». Alors que celui-ci intègre dans ses oeuvres des images de la culture populaire, Lady Gaga a voulu mettre de l'art dans la musique pop, d'où la pochette signée Jeff Koons. Elle y aborde ses thèmes de prédilection: questions d'identité et de genre, sexe, célébrité, drogue et créativité.
Les critiques acerbes fusent, les ventes sont décevantes, sans compter que l'arrivée dans le paysage de Miley Cyrus et de Katy Perry a mis en péril son titre de «reine de la pop».
Malgré cela, ses admirateurs lui restent fidèles, ArtRave: The Artpop Ball affichant de nombreux spectacles à guichets fermés. Le mois dernier, Billboard annonçait qu'en 14 concerts, la tournée avait engrangé 13,9 millions $ pour un total de plus de 171 000 billets vendus.
Samedi soir, 30 000 festivaliers sont attendus devant la scène principale du Bluesfest.
La machine Gaga
Dans le cadre de son actuelle tournée, deux spectacles sur un total de 80 sont offerts à l'extérieur, soit au Festival d'été de Québec, vendredi, et samedi soir au Bluesfest.
«Au rythme d'une tournée mondiale comme celle de Lady Gaga, un producteur prend de gros risques en présentant des spectacles dans le cadre d'un festival, affirme Jean Beauchesne, porte-parole du Bluesfest. Il doit se sentir en confiance, la logistique étant beaucoup plus complexe, c'est une course contre la montre pour s'assurer que tout soit au point. Ici, l'équipe de Live Nation est entre bonnes mains.»
Parmi les solides collaborateurs qui se greffent à Live Nation et viennent faciliter la tâche du producteur dans un tel contexte, il y a Solotech, une entreprise québécoise qui a travaillé avec le Cirque du Soleil. Celle-ci fournit l'éclairage, le son et la vidéo de la tournée lancée pour promouvoir l'album ARTPOP.
Une fois le concert terminé sur les plaines d'Abraham et le matériel bien emballé, les camions ont pris la route en direction d'Ottawa. Dès son arrivée, l'équipe sera au boulot. Durant la nuit, vendredi, des techniciens s'affairaient déjà à programmer les éclairages.
Samedi, l'entourage de Lady Gaga fourmillera jusqu'à la toute dernière minute sur les plaines LeBreton. Ils sont une centaine - techniciens, musiciens, assistants personnels, agents de presse, costumiers, comptables (il faut bien calculer les ventes des produits dérivés), agents de sécurité, nutritionnistes, chauffeurs, nettoyeurs, danseurs, maquilleurs, coiffeurs, masseurs, soigneurs - qui ont à coeur le bonheur de leur diva et de ses «petits monstres».
C'est qu'il y a fort à faire. Il faut notamment aménager un espace d'échauffement pour les danseurs, un lieu de restauration, une tente pour la diva, monter le décor, installer les énormes ballons gonflables qui serviront d'écrans géants pour les projections vidéo, programmer les effets spéciaux, placer l'équipement technique et les instruments.
«C'est un spectacle de grande envergure, déclare Jean Beauchesne. Il y quelque chose d'extraordinaire dans ce genre d'événement. La transition entre les scènes extérieures et les salles de spectacle doit se faire harmonieusement, sans pépin. Ici, la logistique liée au transport, à la sécurité et à l'installation des équipements prend une toute autre dimension. Rien n'est laissé au hasard, tout est calculé. Samedi soir, nous devrions être en mesure de voir un concert de qualité égale à ce qui a été présenté en salle, comme au Centre Bell par exemple. Chose certaine, tous les efforts et le talent nécessaires ont été déployés pour y arriver.»