Stéphane Bouchard compte développer davantage la cyberpsychologie.

La cyberpsychologie pour aider à guérir

Stéphane Bouchard veut mieux comprendre et traiter les problèmes de santé mentale par la cyberpsychologie. Professeur en psychologie et chercheur en cyberpsychologie à l'Université du Québec en Outaouais (UQO), Stéphane Bouchard recevra, samedi prochain, le Prix Adrien-Pinard, dans le cadre du congrès de la Société Québécoise de la Recherche en psychologie. Aujourd'hui, LeDroit et Radio-Canada lui rendent hommage en lui décernant le titre de Personnalité de la semaine.
Stéphane Bouchard et son équipe ont développé deux grandes branches de la cyberpsychologie: la réalité virtuelle et la télésanté, une discipline qui existe depuis l'an 2000. Elle permet d'offrir des psychothérapies au moyen de vidéoconférences et d'obtenir les mêmes résultats et de développer la même qualité de relation humaine que si le thérapeute se trouvait devant la personne traitée, affirme M. Bouchard. «On essaie de comprendre pourquoi ça marche. Ici à l'UQO, on a des clients qui viennent une vingtaine d'heures par semaine pour suivre une psychothérapie et on sait que ça se fait aussi à d'autres endroits dans le monde. Ça s'implante progressivement», d'expliquer M. Bouchard.
Quant à la réalité virtuelle, elle consiste à créer des stimuli en trois dimensions dans un contexte qui va servir au psychologue. «Ainsi, on peut traiter des problèmes d'anxiété et de dépendance. Pour l'anxiété, la thérapie a pour but que la personne qui en souffre apprivoise ses peurs. Si, par exemple, quelqu'un a peur de l'avion, on peut en parler pendant longtemps, mais, un jour, cette personne devra prendre l'avion. On peut créer, en réalité virtuelle, une situation où la personne qui a peur de l'avion est installée «dans l'avion» avec son psychologue. À l'aide de lunettes spéciales, reliées à un ordinateur et d'un capteur de localisation qui réagit aux mouvements, le client a vraiment l'impression d'être dans l'avion. Le psychologue est là pour accompagner le client à l'intérieur de l'avion et l'aider à vaincre ses peurs. S'il a peur de décoller, on va le faire décoller à plusieurs reprises. On peut simuler des turbulences et toutes sortes d'autres situations que l'on peut vivre à bord d'un avion».
Univers de jeux vidéos
La cyberpsychologie permet de traiter d'autres phobies, comme celle de parler en public, la peur de toucher des endroits sales ou la peur des maladies. On peut créer, par exemple, une salle d'urgence virtuelle. La technologie utilisée pour donner au client l'impression qu'il vit une situation réelle s'apparente à celle des jeux vidéos, mais elle est plus perfectionnée, précise Stéphane Bouchard. De plus, le jeu vidéo est conçu pour être amusant, alors qu'en cyberpsychologie, le client suit une thérapie qui n'est pas nécessairement plaisante. «Le client est dans l'environnement virtuel en trois dimensions. Il peut bouger, avancer, reculer et même sortir de la pièce s'il n'est pas prêt à affronter la situation à laquelle il est confronté».
Pour combattre les dépendances aux drogues dures, on peut créer une piquerie virtuelle, dans laquelle entre la personne qui veut se débarrasser de sa dépendance. «C'est de l'animation en temps réel. Quand on regarde un film, on ne peut que le regarder et on n'a pas le pouvoir d'y changer quoi que ce soit. Dans la piquerie virtuelle, le client contrôle ce qui se passe à chaque moment».
Le laboratoire de cyberpsychologie a été mis sur pied par une équipe de psychologues, d'informaticiens, des graphistes et autres spécialistes qui ont uni leurs forces pour créer cet environnement virtuel. Selon M. Bouchard, les clients sont tout à fait conscients du fait qu'ils évoluent dans une espèce de jeu vidéo géant, mais ils agissent comme si tout cela était réel. «Au niveau des émotions, le cerveau réagit en douze millisecondes. Si un chien te fonce dessus, c'est certain que tu vas te tasser, même si tu sais que c'est une image virtuelle. Donc, on réagit avant que la logique puisse intervenir et le client réagit au stimulus qu'il reçoit, comme s'il était réel», a ajouté le chercheur de l'UQO.
L'équipe de Stéphane Bouchard a aussi créé une salle dans laquelle sont projetées des images qui peuvent recréer toutes sortes de situations. Tous les troubles de l'anxiété peuvent être traités dans ce laboratoire de l'UQO et des spécialistes de plusieurs pays viennent à l'UQO pour utiliser le laboratoire et partager leurs connaissances. Le laboratoire peut aussi être utilisé en neuropsychologie et dans d'autres spécialités comme le traitement de l'anorexie.
La cyberpsychologie est une science encore jeune et Stéphane Bouchard est prêt à consacrer de nombreuses années de recherche pour la développer davantage.
À 47 ans, Stéphane Bouchard a beaucoup de temps devant lui pour perfectionner cette spécialité dans laquelle l'UQO a maintenant une expertise qui la place au niveau des institutions les plus réputées.
Rencontrez la Personnalité de la semaine le lundi dans LeDroit, ainsi qu'à 8 h 40 à l'émission Bernier et Cie, animée par Carl Bernier sur ICI Radio-Canada Première 90,7 FM, et au Téléjournal Ottawa-Gatineau de 18 h présenté par Mathieu Nadon sur ICI Radio-Canada Télé.
À chaque semaine, un jury formé de représentants des rédactions du quotidien LeDroit, ainsi que d'ICI Ottawa-Gatineau, nomme un lauréat afin de souligner une réalisation exceptionnelle ou une contribution significative à la vie ou au rayonnement de la région. Vous connaissez une personne qui mériterait d'être nommée ? Écrivez-nous à nouvelles@ledroit.com.