L'édifice du siège social de la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec

La Caisse de dépôt et placement affiche une perte de 39,8 milliards $

Même s'ils ont dévoilé mercredi des résultats catastrophiques pour 2008, les dirigeants de la Caisse de dépôt et placement du Québec ont exprimé fort peu de regrets.
Le plus important gestionnaire institutionnel du Canada a inscrit une perte nette de 39,8 milliards $ pour l'exercice terminé le 31 décembre, soit 25 pour cent de son actif net, qui est passé de 155,4 à 120,1 milliards $ en un an. En comparaison, les caisses de retraites comparables au Canada ont dégagé un rendement médian de moins 18,5 pour cent en 2008.
Les avoirs de la Caisse sont ainsi retombés à ce qu'ils étaient en 2005, puisque la perte de 2008 a effacé une bonne partie du rendement de 63,2 milliards $ généré au cours des cinq années précédentes.
«C'est un résultat qui est très décevant, mais qu'il faut replacer dans le contexte», a déclaré le président et chef de la direction de la Caisse, Fernand Perreault, au cours d'un entretien téléphonique.
En plus de pâtir, comme tous les investisseurs, de la débâcle des marchés boursiers, la Caisse a eu deux prises de plus contre elle en 2008: une couverture plus importante contre le risque de change, laquelle a coûté pas moins de 8,9 milliards $, et une nouvelle provision de 4 milliards $ sur le papier commercial adossé à des actifs (PCAA), un type de placement fortement happé par la crise financière.
La Caisse a toujours recouru à une importante protection contre la fluctuation des devises du fait qu'elle détient plus d'investissements dans l'immobilier, dans des entreprises non cotées en bourse et dans des infrastructures que les autres caisses de retraite comparables, a expliqué M. Perreault. La forte chute du dollar canadien, à l'automne, a fait bondir le coût de cette couverture. Malgré tout, la Caisse n'a pas l'intention de changer de cap.
«Je ne pense pas que notre politique d'avoir une portion importante d'immobilier et de marchés boursiers est nécessairement mauvaise à long terme», a affirmé Fernand Perreault en conférence de presse.
Il reste qu'en réaction à la chute généralisée des bourses, la Caisse s'est fortement désinvestie du marché des actions à l'automne. La Caisse ne détient plus que 22 pour cent des ses actifs en actions, comparativement à 36 pour cent au début de la crise. Les placements obligataires ont pris le relais: ils comptent désormais pour 44 pour cent des actifs, contre 30 pour cent auparavant.
Il faudra graduellement réintégrer les marchés boursiers, puisque la pondération actuelle «n'est pas soutenable à long terme», a noté M. Perreault.
PCAA
Au sujet du PCAA, la Caisse a finalement reconnu sa responsabilité.
«L'épisode du PCAA est incontestablement une page difficile de l'histoire de la Caisse, a admis M. Perreault. A court terme, ses effets sont importants sur le rendement de l'institution. (...) En rétrospective, nous avons placé une trop grande confiance en ces titres. (...) Ce fut une erreur d'en accumuler autant.»
En excluant le PCAA, le rendement de la Caisse sur cinq ans se serait établi à 4,1 pour cent, comparativement à 3,6 pour cent pour la médiane des pairs. Dans les faits, il s'est limité à 3,1 pour cent.
Le président du conseil de la Caisse, Pierre Brunet, a tout de même voulu se faire rassurant en soulignant que 56 pour cent de la perte de 2008 - 22,3 milliards $ - consistait en des moins-values non matérialisées, donc sur papier.
«Cette provision-là peut très bien être récupérée à 80 pour cent, à 60 pour cent, à 100 pour cent, en fonction de l'évolution des marchés, a-t-il soutenu. (...) Ce n'est pas perdu ça, ça peut tout revenir.»
Il reste qu'au-delà des éléments particuliers (couverture de change et PCAA), les rendements de la Caisse ont été moindres que ceux des indices de marché dans la plupart des secteurs, notamment celui des actions internationales.
«C'est un domaine où on n'a pas été très performants durant les dernières années», a convenu Fernand Perreault, en faisant néanmoins remarquer que peu de gestionnaires réussissaient à «battre» les indices américains.
Dans l'espoir de rectifier le tir, la Caisse a licencié 10 gestionnaires en pleine campagne électorale, l'automne dernier. Elle effectuera désormais de la gestion indicielle, abandonnant la gestion active.
Dans le domaine des obligations, des placements privés, de l'immobilier et des infrastructures, l'écart entre les rendements obtenus par la Caisse et les indices s'explique par les importantes dépréciations que l'institution a dû inscrire en raison de la crise mondiale du crédit, a relevé M. Perreault. Même BAA, le gestionnaire aéroportuaire londonien dans lequel la Caisse détient une participation de 21 pour cent, y est passé.
Comme la Caisse est considérée comme une société de placement, et non comme une caisse de retraite ou une institution financière, elle doit inscrire à ses livres la juste valeur de tous ses placements à la fin de son année fiscale, même si elle a l'intention de les conserver pour une longue période. Or, en raison de la crise, les évaluations ont été très faibles au 31 décembre.
«Je peux vous dire une chose: il y a beaucoup (d'institutions), quand les choses commencent à aller mal, qui ont la tentation d'avoir le crayon léger sur leurs évaluations, a lancé Fernand Perreault. Ce n'est pas le cas de la Caisse. Moi, dans toute ma vie, des cadavres dans un garde-robe, je n'en ai jamais gardé.»
Cela n'a pas empêché la Caisse de réclamer un assouplissement des règles, mais les autorités comptables ont rejeté cette requête en novembre.
Les deux personnes qui ont occupé le poste de président et chef de la direction de la Caisse en 2008 n'étaient pas présentes à la conférence de presse de mercredi. Henri-Paul Rousseau a quitté l'institution en août. Richard Guay, pour sa part, a donné sa démission au début janvier, mais il était absent depuis le 12 novembre pour cause de surmenage.
Fernand Perreault a reconnu que l'année avait été «mouvementée» à la haute direction. Interrogé sur l'impact du départ inattendu de M. Rousseau, annoncé en mai, il s'est refusé à tout commentaire.