Boucar Diouf

La biologie poétique du prof Diouf

Dans le nouveau spectacle de Boucar Diouf, Pour une raison X ou Y, qui reprendra l'affiche le 14 septembre après avoir été présenté à guichets fermés, samedi, à la Maison de la culture, le docteur en biologie prend la relève de l'humoriste.
«J'ai décidé de retourner en enseignement, parce que ça m'a manqué», blague le Sénégalais d'origine qui, à son arrivée au Québec, en 1991, a enseigné la biochimie structurale à l'Université de Rimouski.
«Comme la matière était un peu platte, je faisais des petites humoristiques. [...] Les étudiants aimaient tellement ça, qu'un jour, ils m'ont inscrit aux auditions du festival Juste pour rire [...] et ç'a fait mouche», remémore Boucar Diouf.
Après L'africassée, l'humoriste a estimé qu'il avait fait le tour des sujets liés à l'immigration et l'intégration - thèmes qu'il continue toutefois d'aborder sous forme de chroniques piquantes, dans les pages du quotidien La Presse. Pour une raison X ou Y s'intéresse plutôt à la reproduction humaine. Aux chromosomes, au cerveau limbique et aux hormones, base de la chimie des émotions.
Boucar Diouf a opté pour un angle poético-scientifique, préparant un drôle de bouillon de culture épicé de digressions psychologiques, sociologiques ou neurochimiques, capables de titiller le coeur et le cerveau en même temps qu'il dilate la rate.
«Je parle de l'amour, sous l'angle de la biologie, comment nos gènes nous manipulent.» Cela lui permet d'aborder la sexualité, «sujet universel» s'il en est.
«Les relations hommes femmes [sont] les autoroutes de l'humour: au Québec et partout ailleurs, tout le monde pige dans les mêmes thèmes, et on [...] a tout entendu. Alors, j'ai suivi un chemin de campagne. Je voulais aborder la sexualité de façon complètement différente, une façon 'classe'», dit-il, amusé par le double sens.
Le projet est né à la suite d'une question que lui a posée son jeune fils Anthony, Québécois pure laine de 6 ans: «papa, tu viens d'où?»
«J'ai essayé de lui décrire de façon poétique ce qu'est l'amour, et comment on fonde une famille. Il y a des bouts très touchants, quand je m'adresse à Anthony, mais le spectacle est conçu [pour passer constamment] à un deuxième niveau: je rigole avec les adultes, en élaborant autour des choses que je n'ai pas pu lui dire, comme la grossesse et la fécondation.»
Alors, d'où vient-on, professeur?
La réponse fuse: «On vient de l'eau. On est né dans l'eau il y a 3,5 milliards d'années; on en est sorti il y a [à peine] 400 millions d'années. [...] L'être humain reste dépendant de l'eau: nos spermatozoïdes sont des poissons, nos enfants grandissent dans cette mer primitive qu'est le liquide amniotique» et dans notre corps circulent «des rivières de sang», illustre cet océanographe de formation, qui retracera sur scène les origines de la vie.
Il s'amusera aussi à dresser des parallèles entre les comportements humains et ceux des sociétés animales.
En mots et en images, car la leçon n'est pas que théorique: sa mise en scène fait appel à un énorme ovule qui accueille diverses illustrations projetées dans un esprit de pédagogie ludique, il partagera aussi quelques découvertes scientifiques inattendues - dont le premier vibrateur, instrument médical «qui ressemblait à une trappe à rat», inventé en 1922 pour soigner un mal par définition féminin, l'«hystérie» - et évoquera «toutes les conneries que la gent masculine a pu raconter» sur certains mystères physiologiques avant qu'ils soient élucidés.
Sa femme «ponctue certaines parties» en jouant de la musique. «Je vais chercher les gens par le coeur. [...] Le public est comblé, car il apprend en même temps qu'il rit beaucoup. Je crois que c'est mon spectacle le plus achevé» et le plus international, note Boucar Diouf.
Et comme le spectacle n'était pas assez pour exprimer tout ce qu'il voulait partager sur le sujet, il a écrit un bouquin qui devrait sortir à l'automne.
Ybergeras@ledroit.com