L'auteur-compositeur australien Kim Churchill.

Kim Churchill, de musique et de liberté

Pour Kim Churchill, Silence/Win représente l'album de l'abandon.
« Pas dans le sens de baisser les bras, mais plutôt dans celui d'arrêter de vouloir à tout prix, précise-t-il dans un large sourire. Comme dans vouloir la gloire, ne serait-ce qu'un peu. Ou encore vouloir rester honnête à un genre de musique au point de ne plus être honnête envers soi-même. Parce que le plus terrifiant dans le fait de désirer, c'est de ne pas obtenir ce qu'on veut, et de demeurer ainsi éternellement insatisfait... »
L'Australien de 23 ans s'est donc abandonné. Et a, du même coup, goûté à une nouvelle liberté.
« J'ai arrêté de tout analyser, de rechercher une certaine reconnaissance, parce qu'à force de le faire, j'étais en train d'oublier à quoi tient le bonheur de faire de la musique, soit prendre ma guitare, en jouer et exprimer de cette façon ce que je ressens. »
Le fait de travailler pour la première fois avec un réalisateur, Warne Livesey (Midnight Oil, Matthew Good), a également été libérateur. Et révélateur.
« Quand est venu le temps d'enregistrer, j'ai pu oublier le côté technique et me concentrer sur mon jeu de doigts, ma voix, mes chansons, et vivre le moment. »
Avec pour résultat que l'auteur-compositeur-interprète, reconnu pour son folk énergique mâtiné de blues, s'est permis de sortir des sentiers qu'il pensait devoir battre pour atteindre ses objectifs sur ce troisième album studio (disponible dès mardi prochain).
« Je traînais plusieurs pièces de ce disque avec moi depuis quelque temps déjà, mais je les trouvais trop pop, trop accrocheuses à mon goût. J'en avais presque honte, parce que dans ma tête, elles ne correspondaient pas à ce que je croyais que j'étais supposé faire comme musique, tu comprends ? Pourtant, chaque fois que je prenais ma guitare, c'était l'une ou l'autre qui remontait à la surface, et je me sentais alors coupable de me sentir aussi bien en les interprétant. »
Kim Churchill a fini par lâcher prise et accepter d'aller là où sa musique lui dictait de se rendre. Ce faisant, le nomade qui n'a pas vraiment de maison depuis qu'il a quitté celle de ses parents, à 18 ans, pour chanter là où on voulait bien l'entendre et faire du surf, a compris que son chez-soi, il le portait au plus profond de lui.
« J'ai souvent parlé de l'idée de maison, dans mes chansons, parce que j'avais l'impression de ne pas en avoir. J'ai fini par la trouver en découvrant qui je suis. Et parce que tout autour de moi sera toujours en mouvement, comme moi, ma maison changera elle aussi, au gré des chemins que j'emprunterai, des gens que je rencontrerai. »
Il attrape sa guitare, jamais bien loin, et entonne le couplet fort à propos de Dying Sun : « This feels like home for the first time in a long time »...
«J'ai appris à être bien et heureux en étant moi-même, là où je suis », renchérit-il, en continuant de gratter son instrument.
Cela s'entend. Dans ses textes, aux thèmes mûris et assumés, et dans sa voix, plus sereine.
« C'est vrai que j'avais tendance à forcer, voire à casser ma voix, sur scène. J'en avais souvent de la difficulté à parler à la fin de spectacles, d'ailleurs. Aujourd'hui, mes muscles sont beaucoup moins contractés quand je chante, ma voix est plus calme, plus détendue, tout en étant capable de toucher à quelque chose d'aussi intense. J'ai réalisé que je n'ai plus besoin de me prouver. J'ai surtout besoin d'écouter et de faire confiance à ce que j'entends en moi. »