Journalisme: veut-on?

Si l'Université d'Ottawa veut réellement convaincre du sérieux de sa mission francophone, elle aurait avantage à ne pas tergiverser dans le dossier du programme de journalisme de langue français, en péril depuis la suspension des nouvelles admissions à l'été 2013.
Personne ne s'offusque du regard critique que le Sénat de l'université a porté sur ce programme, et au désir d'offrir à sa clientèle le plus haut degré de qualité professorale et pédagogique. De la part des autorités universitaires, on n'attend rien de moins. Ce qui inquiète, c'est plutôt la perception extérieure que ce programme ne pèse pas lourd dans les officines de l'institution.
En francophonie hors Québec hors Acadie, et particulièrement en Ontario français, l'Université d'Ottawa occupe une position unique. Elle constitue un lieu de convergence, un carrefour du savoir vers lequel les regards francophones se tournent et dans lequel ils veulent se reconnaître quand vient le temps de combler leurs besoins spécifiques en éducation postsecondaire.
Or, à une époque où l'univers médiatique explose, où les médias traditionnels se remettent en question et où les nouveaux médias connaissent une croissance exponentielle, le journalisme devient une voie incontournable. Au sein des minorités franco-canadiennes, les médias sont confrontés à de formidables défis. Pour les relever, ils auront besoin d'équipes de gestion et de rédaction adaptées à leur réalité, ainsi que d'un soutien constant de ressources éducatives pluridisciplinaires de milieux universitaires et collégiaux possédant une expertise en dynamiques socioculturelles minoritaires.
L'an dernier, lors d'un colloque, tenu justement à l'Université d'Ottawa, des représentants de médias francophones de l'Ontario et de l'Ouest canadien avaient souligné l'extrême difficulté de recruter un personnel journalistique qualifié dans leurs communautés, et leur obligation de recruter au Québec, parfois même en Europe, des rédacteurs qui connaissaient peu leurs régions et entretenaient des rapports peu confortables avec leur auditoire.
L'Université a constaté des lacunes qu'elle juge importantes dans le programme de journalisme existant, offert en collaboration avec La Cité. Soit. Mais ces constatations ont été notées au cours des deux dernières années et, en ce début de 2014, rien n'a été annoncé pour rassurer étudiants et professeurs, au point où on s'inquiète publiquement de son abolition.
Les médias électroniques et la presse écrite ont beau subir des chocs parfois douloureux, le journalisme reste plus que jamais un outil essentiel pour toute société démocratique. De vastes chantiers s'y profilent et il existe des besoins criants au Canada français. Là comme ailleurs, quand on veut, on peut. La question est simple pour l'Université d'Ottawa: veut-on?