Aujourd'hui, Jonathan Cullen est celui qui attend. Dans The Book of Mormon, il est ce qu'on appelle dans le milieu un standby. Une doublure. Mais pas n'importe quelle doublure. Celle d'Elder Price, un des deux mormons vedettes.

Jonathan Cullen, celui qui attend

À l'âge de six ans, Jonathan Cullen foulait déjà les planches, s'initiant à la comédie musicale en jouant dans des productions communautaires. C'est sa mère, elle-même comédienne, qui lui a donné la piqûre.
«Adolescent, je voulais déjà faire carrière dans le milieu, c'était ma passion», affirme le jeune homme de 25 ans, né à Peterborough en Ontario.
Il fait ses classes au Collège Sheridan à Oakville, dans le programme de théâtre musical. «C'était très intensif! s'exclame-t-il. La journée débutait à 10 h et se terminait à 22 h. Grâce à cette formation en jeu, danse, chant et production, j'ai beaucoup appris. Je suis devenu un artiste plus complet.»
À sa sortie, il boucle ses valises et prend l'avion pour les Maritimes où il joue notamment dans Buddy: The Buddy Holly Story et West Side Story. Il fera également partie de la production Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat à Calgary.
Aujourd'hui, il est celui qui attend.
Dans The Book of Mormon, il est ce qu'on appelle dans le milieu un standby. Une doublure. Mais pas n'importe quelle doublure. Celle d'Elder Price, un des deux mormons vedettes. Jonathan Cullen attend sa chance, son heure de gloire, celle qui arrive lorsque le comédien principal doit s'absenter, souvent pour cause de maladie.
«La première fois, c'était en septembre 2012, à Los Angeles, se souvient-il, avec un brin d'euphorie dans la voix. Gavin Crell, mon idole, était pris d'une bronchite et a dû quitter à l'entracte. J'étais dans ma loge, échevelé, je n'étais pas rasé, ni maquillé, ni costumé. J'ai dû me préparer en 10 minutes. Je n'ai même pas eu le temps de paniquer, j'étais en mode survie.»
La montée d'adrénaline fut si puissante à ce moment-là qu'il n'a gardé aucun souvenir de sa prestation.
Depuis, il est remonté sur scène plus de 50 fois. Le rôle étant très exigeant physiquement, il doit garder la forme, même durant les longues périodes d'accalmie. «Je m'entraîne cinq à six fois par semaine. J'assiste aussi aux répétitions, j'observe, je note les directives du metteur en scène. En tout temps, je dois être fin prêt.»
Au cours de sa carrière, Jonathan Cullen a aussi porté le chapeau d'understudy, un autre type de doublure. Dans ce cas, le comédien tient un rôle secondaire, il monte sur scène soir après soir et peut être appelé à remplacer un de ses homologues.
Et alors, que préfère-t-il? Être constamment sur scène dans un rôle secondaire ou tenir le premier rôle à très petites doses? «Quand on est standby, c'est tout ou rien! s'écrie-t-il avec passion. Tous les feux sont braqués sur le comédien principal, sur Elder Price. Il n'y a rien de plus extraordinaire, de plus euphorisant que ça! C'est la totale, tout comédien en rêve.»
Son rêve ultime? Interpréter Tony dans West Side Story. Entre-temps, il parcourra l'Amérique du Nord jusqu'en 2015 avec The Book of Mormon. Prochain arrêt, après Ottawa où la troupe s'installe jusqu'au 27 août: Seattle.
Autre arrêt aussi, inévitable celui-là: sa loge. Là où, toujours, Jonathan Cullen attend.