Je passe mon tour

«Choisis tes batailles, Denis», me disait mon père...
Son conseil m'est revenu en tête en prenant connaissance de la dernière sortie, pour ne pas dire la dernière crise d'urticaires de l'ami Jean-Paul Perreault, président du mouvement pour la défense et la promotion de la langue française, Impératif français.
Quand Jean-Paul embrasse une cause valable et qu'une flagrante injustice est commise envers les francophones, il sait qu'il peut compter sur moi. Il sait qu'un Franco-Ontarien comme moi est toujours prêt pour aller au front. C'est inné chez nous, les Francos. Comme disait ma tante Gisèle: «les francophones de l'Ontario viennent au monde avec des gants de boxe aux poings».
Mais cette fois-ci, mon cher Jean-Paul, je vais passer. Je choisis mes batailles et celle-ci, à mes yeux, ne vaut pas l'effort et l'énergie nécessaires pour tenter de faire bouger les choses.
Je me trompe peut-être. Et ce ne serait pas une première. Mais tu devras te battre contre les moulins à vent sans moi, cette fois-ci.
Le courriel que Jean-Paul m'a transmis a vite attiré mon attention. Surtout son titre: «Pas de coupe Stanley en français à Montréal!». Quoi? Mais de quoi parle-t-il?, me suis-je demandé. Le partisan des Sénateurs d'Ottawa que je suis s'est vite dit: «c'est sûr qu'il n'y aura pas de coupe Stanley à Montréal avec l'équipe qu'ils ont!». Mais je ne pense pas que Jean-Paul parlait du Canadien de Montréal...
Voici des extraits de son courriel qu'il a également fait parvenir à une poignée de députés québécois et au Commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser:
«La situation décrite dans la lettre ci-dessous est intolérable. Ceci n'a aucun sens! Nous sommes d'accord avec ce citoyen.
«Il est inacceptable que l'on nous exclut, que l'on présente, à l'échelle de l'Amérique, Montréal et le Québec comme anglophones, que l'on laisse ainsi tomber la francophonie, que l'on nous traite comme si nous n'existions pas.
«Quelle image donne-t-on ainsi aux immigrants, à notre jeunesse, à toutes et à tous, et à l'Amérique du Nord tout entière de l'importance que l'on accorde à notre langue en acceptant qu'existe et perdure cette situation?»
Même après avoir lu ce passage de son courriel, je ne savais toujours pas ce qui faisait tellement rager Jean-Paul. Mais j'ai tout compris en lisant la lettre dont il fait référence dans son message.
Cette lettre est signée par Patrick Marleau, un résident d'Ottawa. Voici le premier paragraphe de sa lettre:
«Regardez-moi dans les yeux, et dites-moi sans rire qu'il est normal qu'en 2014, un francophone puisse se rendre dans la plus grande métropole francophone du monde après Paris, dans une ville québécoise, dans un aréna portant un nom français (Centre Bell) avec des billets achetés au prix fort (plein tarif) qui indiquent que le spectacle annoncé porte un nom français (Canadiens de Montréal) où l'annonceur maison s'exprime en français... et que les arbitres n'annoncent pas les infractions, pénalités ou buts refusés en français!».
C'est ce qui le choque. Que les arbitres de la Ligue nationale de hockey (LNH) annoncent leurs décisions officielles d'arbitrage en anglais. Et M. Marleau d'ajouter dans sa lettre:
«En plein point culminant ou plein suspense, on laisse tomber Montréal, tout le Québec, la francophonie, puis c'est l'anglais qui domine comme dans le temps des années 40 avec Rocket Richard! Rien n'a changé depuis plus de soixante-dix ans! On nous ridiculise chez nous!
«J'espère bien voir le jour où l'on pourra entendre à Montréal un arbitre annoncer ses décisions en français telles que: «Le patin n'a pas touché volontairement la rondelle: but accordé!».
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Ouais... quelqu'un a dit: «tiré par les cheveux»?
On compte 42 arbitres dans la LNH. Et c'est sans parler des juges de lignes.
De ces 42 «zébrés» aux brassards orange, 35 portent un nom anglophone. On peut donc deviner sans trop se tromper que la très grande majorité d'entre eux ne parlent pas la «langue de chez nous».
Que devrait-on faire d'eux, Messieurs Marleau et Perreault? Les congédier? Les obliger à apprendre le français? Les remplacer par des arbitres incompétentes sur le plan hockey qui ne pourraient dire la différence entre de l'accrochage et un «slow collé» mais qui parlent un français impeccable?
Je m'en fiche royalement si l'arbitre est incapable de me dire en français qu'une rondelle n'a pas traversé la ligne rouge! L'annonceur-maison du Centre Bell n'a qu'à traduire ses mots une fois qu'il a rendu sa décision à la foule.
On ne peut tout de même pas exiger que la LNH embauche uniquement des arbitres francophones ou bilingues. Ce serait insensé d'exiger une telle chose à une ligue qui compte 30 équipes, dont 23 qui évoluent aux États-Unis.
Non, désolé Jean-Paul. Je n'embarque pas dans celle-là. Je n'irai pas au front pour cette cause.
Je ne serai pas le troisième homme dans ce combat, ni l'instigateur. Je ne plongerai pas.