J'ai peur

Je veux vous parler «par la bande» des élections au Québec.
Non, ceci n'est pas une chronique politique. Je laisse ça aux grands penseurs de ce monde.
Et de toute façon, de quoi me mêlerais-je, moi le Franco-Ontarien? Je n'ai pas un mot à dire dans le choix de la personne que les Québécois éliront pour les diriger. Je n'ai pas de vote et je n'ai pas de voix dans cette campagne électorale. Je ne suis qu'un simple observateur.
Mais un observateur plutôt inquiet, dois-je avouer.
Pas inquiet pour le sort des Québécois. Mais plutôt inquiet pour le sort des Franco-Ontariens, en particulier, mais aussi de celui de tous les francophones hors-Québec.
Et je n'ai pas besoin de vous faire un dessin, vous savez clairement ce qui m'inquiète. Eh oui, la souveraineté. Ou l'indépendance du Québec. Appelez-la comme vous le voulez.
On n'en parlait plus tellement de cette souveraineté, de ce beau rêve. L'ancien premier ministre libéral Jean Charest a mis le couvert sur ce débat pendant presque une décennie. Et les péquistes qui rêvaient de reprendre le pouvoir n'osaient même plus prononcer le mot, par crainte de froisser ou d'effrayer la majorité des Québécois qui n'en veulent pas de cette rupture avec le Canada.
Mais tout a changé dimanche dernier. Tout a changé avec l'annonce de la candidature au sein du Parti québécois de Pierre Karl Péladeau, communément appelé PKP.
Il la veut, lui, la souveraineté du Québec. Et il ne s'est pas gêné pour le déclarer haut et fort dans son tout premier discours à titre de candidat aux élections provinciales. On ne pouvait être plus clair.
Et c'est un secret de Polichinelle que PKP voit plus loin et qu'il ne se contentera pas très longtemps d'être un simple ministre. Peu importe le ministère que la chef Pauline Marois lui confiera. Un gars qui n'a pratiquement jamais eu de boss dans sa vie préfère généralement donner les ordres que de les recevoir.
PKP veut diriger la province de Québec. Pardon, PKP veut diriger la nation du Québec. Le pays. Le pays souverain.
Donc depuis dimanche, la séparation de la Belle Province est devenue le sujet de l'heure dans cette campagne électorale. La souveraineté est soudainement redevenue à la mode, redevenue sexy.
Et s'il fallait? Et voilà où je voulais en venir. S'il fallait que le Québec se sépare un jour du reste du Canada, qu'adviendrait-il des francophones hors-Québec?
Prenons par exemple le bilinguisme officiel au pays. Le Canada conserverait-il sa politique sur les deux langues officielles? Pourquoi le ferait-il? Le pays compterait soudainement plus de Chinois que de Canadiens français. Pourquoi s'assurer de desservir les francophones dans leur langue, et non pas les autres minorités linguistiques?
Et n'allez pas leur soulever l'argument de deux peuples fondateurs, ils n'y comprennent rien. Ou ils choisissent de ne rien y comprendre.
Pour plusieurs anglophones du Canada, le bilinguisme officiel coûte cher et le débat s'arrête là. Il coûte trop cher. Beaucoup trop cher. Et selon eux, il est complètement inutile.
Donc «the hell with two founding nations». Si vous n'êtes pas contents les «frogs», «go back to Québec». Comme si tous les francophones au Canada étaient originaires du Québec...
Je ne souhaite pas l'élection du Parti québécois le mois prochain. Mais qu'on se comprenne bien, je n'ai absolument rien contre les souverainistes et ceux qui rêvent de devenir maîtres de leur destinée et maîtres chez eux.
C'est effectivement un beau rêve. J'en suis même jaloux de ce rêve. Affirmer le contraire serait hypocrite de la part des Franco-Ontariens qui aspirent depuis toujours, eux aussi, à prendre «leur place».
Mais ceci dit, je ne souhaite pas la tenue d'un référendum. Je ne souhaite pas les innombrables débats référendaires et les blessures qu'ils laisseront. Et je ne souhaite pas la souveraineté du Québec.
Pour la simple et unique raison que je suis égoïste. Et que je ne voudrais pas un Canada - mon Canada - sans le Québec. J'aurais peur de notre sort, à nous Franco-Ontariens. J'aurais peur d'être seul. Seul au combat. Peur de ne plus avoir la force pour lutter.
J'aurais peur, tout simplement.
"*
Et vous, chers lecteurs et chères lectrices de l'Ontario, craignez-vous que le Québec devienne un jour souverain?
Écrivez-moi. Que vous soyez d'accord ou non avec moi. Et dans une prochaine chronique, je partagerai vos commentaires «si le nombre le justifie», pour emprunter l'expression que le gouvernement ontarien utilise avant de nous accorder nos droits les plus fondamentaux...