Olivier Nadon, Vincent Poirier, Stéphane Guertin.

Improtéine: 10 ans et toutes ses dents!

De l'improvisation en direct, par et pour le public: c'est la marque de commerce d'Improtéine. En 10 ans d'existence, le groupe franco-ontarien cumule quatre spectacles, plus de 500 représentations pour près de 200 000 spectateurs d'un océan à l'autre. Chaque fois qu'il se pointe devant le public, performe sans filet et en fonction des idées et thèmes suggérées par les gens présents. Rencontre avec le noyau dur du groupe: Stéphane Guertin, Olivier Nadon et Vincent Poirier.
«Prenez votre dose d'Improtéine»! clamaient Stéphane Guertin, Olivier Nadon et Vincent Poirier, en 2004, pour mousser leur tout premier spectacle. Un spectacle offert en... pyjamas de Noël, couronné d'un «Coup de coeur» à Contact Ontarois.
Ces anciens adversaires d'impro du secondaire, une fois réunis à l'Université d'Ottawa, venaient de créer «leur» concept. Qui avait un indéniable avantage: «On improvisait 'live' devant le monde, dans le plaisir pur de performer, sans le côté emmerdant de plancher à plusieurs deux ou trois ans sur un spectacle d'humour», souligne Stéphane Guertin.
Le concept avait toutefois un inconvénient: «On n'avait pas le droit de ne pas être bons...» rappelle Vincent Poirier.
«Même si on l'a été souvent, pas bons, c'est certain!» coupe Olivier Nadon.
«Oui, mais on s'est améliorés avec le temps», tient à préciser M. Guertin.
En entrevue comme sur scène, les trois se relancent comme s'ils jouaient au ping-pong, servant des balles (et quelques smashes franchement plus complices que cinglants) qu'ils rattrapent habilement au vol.
Avec le temps, ils ont donc appris à capitaliser sur leurs talents respectifs: Stéphane Guertin peut chanter l'opéra, Vincent Poirier bégaie de façon convaincante et Olivier Nadon s'avère la source de références populaires et historiques à laquelle tout le groupe s'abreuve quand vient le temps de développer une impro à partir des suggestions du public.
Ils ont aussi appris à jauger leurs spectateurs, dont ils sont tributaires, en deux ou trois impros. «Notre critique, on n'a pas besoin d'attendre au lendemain pour la lire dans le journal: on l'a dans la seconde!» explique Olivier Nadon.
Pour parvenir à susciter les rires, ils doivent évidemment rester bien branchés sur le monde.
«À nos débuts, on faisait des blagues sur Hannah Montana, qu'incarnait Miley Cyrus, à l'époque... se souvient Vincent Poirier. Aujourd'hui, on se fait imposer de 'twerker' comme elle, dans les écoles! On n'a pas le choix: il faut se tenir au courant des tendances et de ce qui tourne à la radio.»
«Internet change les références, mais les gens continuent à rire des mêmes affaires depuis des lunes», précise toutefois Stéphane Guertin.
«Et puis, on a l'impact du direct, du pas scripté, pas filmé, pas retouché, que les jeunes ont parfois perdu à force de consommer la culture sur des écrans plats», fait valoir Olivier Nadon.
Les trois l'avouent sans gêne: ils n'avaient pas prévu qu'Improtéine durerait aussi longtemps, ni que le groupe deviendrait un réel gagne-pain. Cette pérennité, ils la doivent justement aux tournées dans les écoles, tant primaires que secondaires, qu'ils effectuent d'une année à l'autre. Le trio aimerait d'ailleurs avoir de la relève, pour la suite des choses.
«On a déjà 110 spectacles à notre horaire d'ici à décembre. On a plus de demandes que de disponibilités. Mon rêve, ce serait qu'on puisse monter des équipes avec des jeunes qui apprendraient le métier, prendraient le flambeau et nous permettraient entre autres de développer de nouveaux concepts pour pousser encore plus loin ce qu'on peut faire», mentionne M. Nadon, le ton plein d'espoir.
«Il faut trouver des façons de vendre l'impro au grand public, ce qui n'est pas facile... et ce qui explique qu'on fait encore beaucoup plus de spectacles dans les écoles qu'en salles ou lors d'événements corporatifs. J'aimerais ça réussir à ouvrir de nouveaux marchés: qu'on aille jouer en France, sur des bateaux de croisière ou dans les Club Med!» lance Stéphane Guertin. Comme une bouteille à la mer.
Spéciale 10e anniversaire
Pour son «party de bureau», le 13 février, Improtéine rassemblera quelques anciens joueurs (dont Marie-Hélène Dubé, Patrick Bourbonnais et Nadia Campbell) au musicien «maison» Jean-Michel Ouimet et au maître de cérémonie Martin Laporte.
Histoire de revisiter leur parcours, avec ses bons et moins bons coups, ils ressusciteront certaines idées «super sur papier mais pas mal moins évidente sur les planches», fait valoir Olivier Nadon. Parmi elles, le jeu «Le début de la fin», consistant à jouer la fin d'une histoire avant de raconter comment les personnages se sont rendus là avec l'aide du public.
«On aurait voulu montrer tous nos décors, aussi, mais certains ont comme qui dirait disparu!», renchérit Stéphane Guertin.