Paule Coté et Réjanne Charron, résidentes à la résidence Frontenac.

«Ils travaillent tous pour leur poche»

À l'accueil, ils m'ont pointé du doigt les deux dames âgées en train de dîner dans la cafétéria de la résidence Frontenac à Gatineau. «Va voir MmeChapman, elle aime bien discuter de politique», m'a-t-on soufflé.
En tout cas, les deux femmes n'ont pas paru particulièrement surprises de me voir débarquer à leur table avec Simon, le photographe du Droit. Faut dire que je ne suis pas le premier à venir leur jaser politique, ces dernières semaines.
Les résidences pour personnes âgées, surtout quand elles comptent un bureau de vote sur place, comme ici, sont une étape incontournable sur la route des différents candidats. En une visite rapide, ils s'assurent de rencontrer des dizaines d'électeurs qui iront presque assurément voter. Du bon bord, espère d'ailleurs chacun des candidats.
Avant moi, le péquiste Gilles Aubé et le caquiste Étienne Boulrice sont venus y serrer des mains. Tout comme la libérale Maryse Gaudreault, dont le siège serait en danger dans Hull, selon certains sites de prédiction électorale.
MmeChapman, Pearl de son prénom, a manqué la visite de la députée sortante. Mais elle était là quand les deux autres sont venus. Et elle n'a guère été impressionnée. «Ils travaillent tous pour leur poche, c'est bien normal, ce sont des politiciens après tout, laisse tomber la dame de 82 ans. Ils viennent nous voir tout juste avant l'élection et, après, on ne les revoit plus. Et si on tient à les revoir, ils sont toujours trop occupés.»
Même si elle ne cache pas un certain désabusement face à la politique, MmeChapman compte tout de même aller voter par anticipation, d'autant plus que le bureau de vote est sur place. «Si on vote ici, c'est qu'on est tous à moitié morts...», dit-elle, en affichant un air espiègle qui vient démentir ses propos.
Sa copine, Françoise Robert, 86 ans, a suivi les deux premiers débats des chefs. «J'ai trouvé ça pas pire, dit-elle d'une voix douce. Ça va être chaud. Peut-être que Charest va rentrer serré. Si ça peut le faire travailler plus fort...»
À une table un peu plus loin, Gertrude Duchesne était fort occupée à examiner sa facture de pharmacie. «Bon, si je comprends bien, je dois 17$», a-t-elle conclu après un moment. Vous suivez la politique, MmeDuchesne? Qu'est-ce qui vous préoccupe particulièrement? Les finances publiques? La santé? «Je mets ma croix où mon fils me dit de le faire, réplique-t-elle du tac au tac. Il habite à Embrun, en Ontario, mais il suit ce qui se passe au Québec. C'est parce qu'il est gentil que je vote. Sinon, je ne le ferais pas, ça ne m'intéresse pas!»
Paule Côté, 86 ans, nous a regardés approcher sa table, pas trop sûre si elle devait se réjouir ou non de notre arrivée. «Je ne file pas trop, trop ces temps-ci», dit-elle. Mais la présence de sa jeune compagne Réjeanne Charron, 80 ans, finit par lui délier la langue. «J'aimais bien assister aux assemblées politiques avec mon mari, soupire-t-elle. Quand il est parti, j'ai cessé d'y aller. Je trouvais cela gênant, d'autant plus qu'on disait que les femmes n'y avaient pas leur place. Pourtant, on est aussi intelligentes que les hommes...»
Sinon plus, renchérit Simon.
Simon, charrie pas, que je réplique.
Oui, il faudrait davantage de femmes en politique, ajoute Réjeanne Charron.
Alors, j'en conclus que vous allez voter pour Pauline Marois?
Silence à la table.
C'est secret, le vote, rappelle MmeCharron.
Mais j'insiste.
Vous avez la réputation de voter libéral par ici.
C'est vrai, concède Paule Côté. Tu reviendras nous voir le lendemain du scrutin, on va te le dire, pour qui on a voté...
Ah, okay d'abord.