«Il nous restera ça», de Grand Corps Malade **1/2

On pourra dire ce qu'on voudra: la vraie vedette de l'album, ce n'est pas Grand Corps Malade, mais Renaud, qui n'a plus enregistré depuis belle lurette, dont on a guetté en vain le retour miraculeux, et que Grand Corps Malade nous fait réentendre ici comme un signe vital.
Rassurant? Pas vraiment. L'usure du temps - et autres substances - a limé le larynx du grand chanteur qui offre Ta batterie à son fils, la voix tourbée comme un vieux whisky. Sur la note du (vénérable) grondement intérieur, se joignent Richard Bohringer, pour une Bleuette testamentaire, Erik Orsenna, un peu moins convaincant lorsqu'il chante «des déambulateurs, des troisième âge courant les Alizés» (L'ours blanc) et Charles Aznavour, égal à lui-même, toujours le même aplomb, la même élégance (Écrire).
Il faudrait une mauvaise foi indécrottable pour ne pas reconnaître la combativité, la sidérante longévité de ces chanteurs assumant leurs fragilités et face auxquels la nouvelle génération (Fred Pellerin, Jeanne Cherhal, Luciole) fait bien pâle figure. Inégal.