Renaud Lacelle-Bourdon.

Icare: l'art de faire sa place au soleil

Histoire d'un fils qui se cherche dans l'ombre de son père, Icare explore une relation aussi mythique que contemporaine. Dans la peau de celui qui se brûlera les ailes à trop vouloir toucher au soleil - et son père -, Renaud Lacelle-Bourdon déploie toute l'énergie qu'il a besoin d'exprimer sur scène.
« Il y a quelque chose de très sportif dans le fait de jouer. Le corps et la tête doivent être branchés sur la même énergie », explique le natif d'Ottawa, qui s'en vient présenter la plus récente production du tandem Victor Pilon-Michel Lemieux, à la Maison de la culture de Gatineau.
C'est sur les planches de l'école secondaire publique De La Salle que le comédien a eu la piqûre pour le théâtre.
De fil en aiguille, il a poursuivi ses études à l'Université d'Ottawa, puis au Conservatoire, à Montréal. Et enchaîné les rôles à la télé (Watatatow, FranCoeur, Pointes-aux-chimères...), sur scène (Le grand voyage de Petit Rocher et Vincent River, sous la direction de Robert Bellefeuille, ou encore Le Grand Cahier, présenté au Centre national des arts, la saison dernière, entre autres), voire au cinéma (St-Martyr-des-Damnés, de Robin Aubert).
Il a aussi assouvi ses désirs de bouger en travaillant pour le chorégraphe Dave St-Pierre, dans La Pornographie des âmes et Un peu de tendresse bordel de merde.
Jouer dans l'oubli de soi
« Mon jeu a beaucoup changé depuis. Il est plus ancré, plus dans le don, l'oubli de soi. La physicalité, c'est aussi de demeurer présent, vibrant, même quand je ne bouge pas », soutient Renaud Lacelle-Bourdon.
Cette physicalité, il en exploite toutes les facettes pour prêter ses traits et voix à Icare, tel que revisité par la plume d'Oliver Kemeid. Ce dernier a tracé une nouvelle trajectoire entre l'invention du père, le labyrinthique Dédale, et l'ascension de son fils.
Leur parcours est traversée par les fantômes holographiques de certains personnages, ainsi que de celle, concrète, de la mezzosoprano Noëlla Huet, le choeur du mythe.
« Alors que nos dialogues sont très concrets, Noëlla Huet apporte quelque chose de plus sacré à la pièce », mentionne Renaud Lacelle-Bourdon.
Sur scène, le comédien donne la réplique non seulement à Robert Lalonde (Dédale), mais aussi à la technologie des concepteurs Victor Pilon et Michel Lemieux, qui sont notamment derrière La Belle et la Bête et La Tempête.
« Notre travail d'interprètes, c'est de rester vivants, pour que la vérité du jeu ne meurt pas au profit de la technique. À l'inverse, elle ne doit pas non plus brouiller la technique », précise-t-il.
Tout devient dès lors question d'équilibre, entre les mouvances des corps, des mots et des projections en 3D. Un espace que Renaud Lacelle-Bourdon prend plaisir à habiter.