Le réalisateur Emanuel Hoss-Desmarais

Hoss-Desmarais réalise hors des sentiers battus

Pour son premier long métrage, Whitewash: l'homme qui m'a tué, Emanuel Hoss-Desmarais, réalisateur publicitaire prolifique et maintes fois primé, a préféré se tenir loin des sentiers battus et de son style plutôt humoristique.
Il a préféré filmer le tumulte intérieur d'un homme qui, responsable d'un accident mortel, s'isole dans la forêt pour ensevelir son crime, sa victime et ses remords sous les tempêtes de neige du Nord québecois.
C'est «le parcours d'un triste personnage, qui, à travers la solitude, est obligé de faire face à sa culpabilité et de se juger lui-même», expose le réalisateur montréalais, coauteur du scénario avec son complice Marc Tulin (télésérie Les Parent).
Produit par micro_scope, la société du Gatinois Luc Déry (Incendies, Monsieur Lazhar, Gabrielle), ce drame psychologique «cherche à comprendre la décadence de la psyché humaine» tout en illustrant l'idée que «l'homme qui se sent coupable est toujours son pire bourreau», signale Emanuel Hoss-Desmarais.
Le tandem «s'amuse à déstabiliser le spectateur avec une dose d'humour noir». Le véhicule meurtrier, complice malgré lui, est par exemple traité comme un personnage à part entière: le protagoniste entretient avec sa déneigeuse une «relation amour-haine un peu surréaliste», d'autant plus ambiguë qu'il n'est pas sûr de pouvoir survivre longtemps sans elle.
«C'était notre premier personnage, avant même qu'on invente Bruce», indique-t-il, faisant valoir qu'«on lui a créé un anneau de saleté qui prend de l'expansion à mesure que Bruce se dégrade. En fait, tous les environnements ont été traités en symbiose avec la courbe psychologique de Bruce. L'idée, c'est qu'on se questionne: est-ce un film sur l'homme contre la nature, contre la machine, contre l'homme ou contre soi-même?»
Sans chercher à se faire passer pour un hommage au genre, «le film se donne une direction western, une ambiance, par certains cadrages et contrechamps, par exemple, par les choix qui ont guidé le ratio et la texture des images, avec la musique», dit-il.
Sans oublier le comédien Thomas Haden-Church, «casté pour la gueule de cow-boy». M. Haden-Church (le Sandman de Spiderman et l'assoiffé de Sideways, au côté de Paul Giamatti), y tient le rôle principal, Bruce. L'équipe de production s'est «laissé imprégner» par le Jeremiah Johnson de Sydney Pollack, convient le réalisateur. C'est davantage «un hommage à l'hiver du Québec. Un western avec des tuques.»
L'action tourne au ralenti, les dialogues et les mouvements sont réduits au minimum. Mais cette envie de fuir «les quiproquos de cuisine pour découvrir les grands espaces» pour «raconter autre chose, autrement» a porté fruit: Whitewash a remporté le prix du Meilleur premier film au Festival de TriBeCa, à Manhattan, où il était projeté en première mondiale, et a récolté cette semaine deux nominations aux prochains prix Écrans canadiens, où il est notamment en lice pour le meilleur scénario.
Si le film a été tourné en anglais, c'est que les deux coscénaristes sont «linguistiquement hybrides», issus de familles biculturelles. C'est à la demande du producteur qu'ils ont opté pour l'anglais, dit Emanuel Hoss-Desmarais. Et parce que c'était, à l'époque, plus facile de faire financer le film en anglais, à cause d'une compétition moins féroce.
Whitewash: l'homme que j'ai tué prend l'affiche le 24 janvier prochain.