Histoires de picots et de gros mot

Un calepin picoté et un gros mot sont au coeur de deux belles leçons d'histoire. La première, Le Calepin picoté avec un canard dessus, émeut. La seconde, Le Petit Tabarnak, fait indubitablement sourire.
Lorsqu'elle reçoit de son arrière-grand-père un vieux carnet jaune tout défraîchi pour ses cinq ans, la fillette de la première histoire a pour réflexe de le «trouver un peu laid. Pas Vieux-Grand-Papa ! Le calepin». Un tantinet déçue, elle commencera néanmoins par y dessiner son quotidien avant de pouvoir noter ses observations et réflexions. Jusqu'au jour où elle comprendra pourquoi son aïeul lui a remis ledit calepin.
Pierre Chartray et Sylvie Rancourt proposent, avec Le calepin picoté, une très touchante réflexion sur la mémoire, l'importance des souvenirs, la vieillesse et le partage des connaissances entre les générations, mais aussi sur le rapport à l'écriture et la lecture, ainsi que sur la véritable valeur d'un cadeau. Les illustrations de Marion Arbona s'avèrent quant à elles d'une poignante richesse lyrique et évocatrice, qui habitent chaque page et personnage.
Bref, il s'agit là d'un véritable petit bijou de littérature jeunesse.
De son côté, et dans un registre totalement différent, Jacques Goldstyn (dont les lecteurs des Débrouillards reconnaîtront assurément le coup de crayon) signe les textes et illustrations du Petit Tabarnak.
Ce gros mot, le jeune héros de l'album ne l'a pas entendu souvent sortir de la bouche de son papa. Mais ce jour-là, un coup de marteau mal placé fait résonner le juron haut et fort dans la maison. «Ça veut dire quoi ta-bar-nak?» demande-t-il alors à son paternel... qui n'est évidemment pas d'humeur à lui répondre. Questionnés à leur tour, ses amis ne le savent pas plus, ce qui ne les empêchent pas d'imaginer qu'un tabarnak était soit un terrifiant monstre préhistorique, soit un dictateur cruel, soit le lieu d'un terrible massacre. Des explications qui ont l'heur de faire rire le jovial curé de leur paroisse, qui leur fera voir un vrai tabernacle pour la toute première fois.
Avec une bonne dose d'humour (ses illustrations débordant de savoureux clins d'oeil), mais tout en évitant habilement la morale superflue et le mauvais goût, l'auteur et dessinateur donne ici l'occasion à une génération qui n'assiste que rarement à la messe de comprendre pourquoi tel mot est considéré comme un sacre.
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Le Calepin picoté avec un canard dessus, Pierre Chartray et Sylvie Rancourt, Marion Arbona, Phoenix, 40 pages
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Le Petit Tabarnak, Jacques Goldstyn, La Pastèque, 80 pages
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