Le groupe Half Moon Run débarque à la Maison de la culture de Gatineau, à guichets fermés.

Half Moon Run, roulez jeunesse!

Half Moon Run porte bien son nom. En concert par monts et par vaux, le jeune groupe donne rendez-vous dans son van - au téléphone, cela s'entend - et tant pis pour les caprices du réseau entre Montréal et Rivière-du-Loup où il se produira ce soir-là.
Même sur le plateau de l'émission Tout le monde en parle à la télévision de Radio Canada, dimanche dernier, ces quatre garçons dans le vent avaient la bougeotte. Normal, se dit-on; il s'agirait, à en croire certains observateurs, de la nouvelle lame de fond de la scène pop rock branchée, à l'affiche demain soir de la salle Odyssée. Mais comme les trois quarts des prestations, tous les billets ont déjà trouvé preneur.
Un séisme venu de Montréal dont les signes avant-coureurs n'ont cessé de s'amplifier depuis sa formation en 2009: 172 dates à son compteur pour la seule année de 2013, une tournée en Australie, deux aux États-Unis, deux au Canada, trois en Europe où la formation a sillonné le Vieux Continent en première partie du groupe londonien Mumford & Sons, excusez du peu. Des «salles» qui ne comptaient pas moins de 25 000 spectateurs.
«Une expérience intimidante, stressante, qui s'est transformée en 'addiction' une fois qu'on en a pris l'habitude», évoque le guitariste et claviériste Conner Molander sans cacher ses «sentiments partagés» sur le rythme effréné de cette dernière année. «C'était trop», laisse-t-il tomber comme un bilan en demi-teinte des lunes passées.
S'il fallait prendre un exemple, parmi d'autres, de la métastasique «Half Moon Run mania» telle qu'elle se propage inexorablement depuis maintenant deux ans dans le monde entier, celui-ci est le plus éloquent qui vienne à l'esprit: tout le succès du groupe ne repose que sur les 11 titres de l'album Dark Eyes, 11 et pas un seul de plus.
Ce premier opus vient d'être certifié disque d'or en début de semaine, récompense de quelque 40 000 exemplaires vendus. «Nous n'avions vraiment pas le temps de composer en tournée, assure Conner. Et la dernière chose à laquelle nous pensions lors de nos rares moments de congés, c'était de nous enfermer pour écrire....»
Le succès du groupe n'apparaît ainsi que comme une étape, premier étage d'une fusée allumée à la sortie de Dark Eyes en mars 2012 et qui a toutes les chances d'enflammer durablement les esprits, quelque part entre rock, pop et folk, avec un soupçon de musique électronique. Un nouveau chapitre est d'ailleurs en cours d'écriture. Que les inconditionnels du quatuor se réjouissent: le mois dernier, Half Moon Run a annoncé s'être attelé à la préparation de nouvelles chansons. En marge des concerts, dans un climat propice à la création.
«Il fallait se libérer de toute pression extérieure, raconte Conner Molander. Nous nous sommes isolés deux semaines dans une vieille ferme où nous avions tourné le clip de Dark Eyes. Là-bas, nous retrouvions une routine: réveil vers 9 h, puis déjeuner, session de jam, dîner, retour au travail, et quelques bières en fin de journée.»
Pas question, cependant, de faire appel à un collaborateur extérieur, défend-il. Les membres de Half Moon Run s'élèvent en immuables gardiens old school d'une saga dont le succès ne fait que commencer.