Guillaume Gallienne.

Guillaume Gallienne aux frontières de l'ambiguïté

Viendra, viendra pas? Césarisé cinq fois pour son premier long-métrage Les garçons et Guillaume, à table!, l'acteur réalisateur Guillaume Gallienne n'en respecte pas moins ses engagements pour la promotion d'un film qui n'en a plus vraiment besoin, ayant déjà franchi la barre des 2,5 millions de spectateurs en France. Invité au Québec à l'occasion de la sortie de son film en salles - le 21 mars à Gatineau -, il rencontrera le public du Festival du film de l'Outaouais samedi après-midi, lors d'une projection en avant-première à 13h, au Cinéma 9.
«Je n'étais jamais venu au Québec, et qui plus est, je suis un grand amoureux de la langue française et de la francophonie», nous glissera-t-il au cours du marathon de presse lancé tambours battants depuis son arrivée, jeudi dernier. Pas le temps de visiter, à peine celui de souffler un peu entre deux déplacements. «Et justement, c'est la route qui m'intéresse, l'Amérique et ses routes mythiques», se surprend-il à rêver au fil de la discussion. La sienne fut sinueuse, comme le montre avec beaucoup d'humour et de tendresse le film Les garçons et Guillaume, à table! dont le titre a vu le jour... sur le divan d'un psy.
Une comédie qui fut d'abord un one-man show autobiographique monté sur les planches, à Paris. Elle retrace les tribulations d'un jeune homme dont toute l'enfance repose sur une ambiguïté fondamentale, exacerbée dans un milieu de haute bourgeoisie «corseté» par le sens du devoir et des apparences: sa famille (et surtout sa mère, que l'acteur incarne brillamment dans le film) encourage Guillaume dans son fantasme d'être une fille. Au nom des préjugés selon lesquels un garçon efféminé serait plus porté à aimer les hommes, ses proches présumeront de ses préférences. Une fois devenu adulte, Guillaume rencontrera Amandine et sera amené à faire son coming out... hétéro.
«Cette histoire n'a rien d'une libération ou d'une catharsis, se défend l'acteur. J'ai dépensé assez d'argent chez les psys pour ça! Je voulais simplement évoquer une jolie histoire sur la différence, la mienne en l'occurrence, et comme il s'agissait de mon récit personnel, j'avais le droit d'en rire.»
L'acteur explore ainsi les zones limitrophes de l'identité sexuelle - «l'identité et le sexe n'ont pas tellement rapport», croit-il -, lui qui aime aussi cumuler les casquettes professionnelles.
À 41 ans, ce sociétaire de la Comédie-Française - il est entré comme pensionnaire en 1998 - a défendu une trentaine de rôles au cinéma, en plus de collaborer à des émissions télé et d'animer une chronique de lectures sur France Inter dans Ça peut pas faire de mal.
Son prochain défi sur les planches? Incarner au printemps prochain, sur la scène de la Comédie Française, Lucrèce Borgia, l'héroïne de Victor Hugo...
«Je suis présentement en cours d'écriture pour un prochain film dont le récit s'inspire de la vie d'une amie. Mais je suis acteur avant tout, et ma place est sur scène.»