Frustrés, d'anciens Gee Gees tournent la page

Il y a un peu plus de deux mois, la police de Thunder Bay a ouvert une enquête concernant des allégations d'agression sexuelle contre certains joueurs de hockey des Gee Gees de l'Université d'Ottawa (U d'O), le week-end du 1er et 2 février lors d'un programme double contre l'université Lakehead.
L'affaire avait fait couler beaucoup d'encre, surtout que l'institution de haut savoir avait donné un grand coup en annonçant au début mars qu'elle suspendait l'équipe au complet sans même connaître les résultats de l'enquête policière, tout en annonçant la tenue d'une enquête menée à l'interne.
Hier, j'ai tenté de savoir où en étaient rendues ces deux enquêtes, mais la démarche n'a rien donné.
«Rappelez dans quelques semaines, il n'y a rien à rapporter cette semaine. L'enquête est encore ouverte», a rapporté le responsable des relations médias de la police de Thunder Bay, Chris Adams.
«Notre révision interne est toujours en cours et nous espérons la compléter le plus rapidement possible», a répondu la gestionnaire, relations avec les médias de l'U d'O, Caroline Millard, dans un échange de courriels.
Une source me dit que cette enquête est menée par un avocat spécialisé dans les causes d'arbitrage, Steve Gaon, un ancien de l'U d'O, et son rapport serait attendu entre la mi-mai et la fin mai.
En attendant de savoir si des accusations au criminel seront déposées contre les joueurs impliqués dans cette affaire, toute l'équipe au complet demeure suspendue, tout comme son entraîneur-chef Réal Paiement, dans un cas où tout le monde est coupable par association, sans qu'il y ait eu de procès au préalable.
Quelques joueurs se sont déjà insurgés contre le traitement que leur a réservé l'université (Patrick Burns dans une lettre ouverte au recteur Allan Rock au début du mois, ainsi que Nicolas Therrien et Charles Power plus tôt dans nos pages).
Alors qu'il semble incertain que l'équipe soit de retour la saison prochaine, nonobstant les résultats des enquêtes en cours, il ne faut pas se surprendre que des joueurs des Gee Gees commencent à quitter le navire.
Direction l'hexagone
C'est le cas d'Alexandre Touchette, un ancien Olympique qui en était à sa troisième saison avec le Gris et Grenat. Deuxième meilleur buteur du club (11 buts et 26 points en 24 parties), il vient d'accepter un contrat avec les Aigles de Nice, en France, tout comme son coéquipier Mathieu Ouellette, de Clarence Creek, qui, lui, est un finissant de l'U d'O.
«Il me reste une année pour obtenir mon diplôme (en criminologie) et je vais la faire à distance tout en jouant au hockey dans une belle place. Ça ne me tentait pas d'attendre jusqu'au mois d'août pour savoir s'il y aura une équipe ou non. De toute façon, ça n'a pas de bon sens comment nous avons été traités par l'université et s'il y a une équipe, je ne veux pas reporter cet uniforme», m'a-t-il confié hier.
Comme Therrien, Touchette a raconté comment il n'était pas à Thunder Bay lui non plus lors du week-end en question, étant demeuré dans la capitale parce qu'il était alors blessé. «Même si je n'étais même pas là, il faut que je paye le prix, au même titre que ceux qui étaient du voyage mais qui n'ont pas été impliqués. Et ceux qui l'ont été, est-ce qu'ils sont coupables alors qu'il n'y a toujours pas eu d'accusations déposées contre eux?», demande-t-il avec à-propos.
Une source policière me dit qu'il est assez normal dans un tel cas que l'enquête s'éternise, mais à la lumière de ce que Touchette racontait, on peut peut-être se poser certaines questions aussi à ce niveau.
Quand les enquêteurs de la police de Thunder Bay sont venus dans la capitale pour interviewer les joueurs au milieu de mars, celui-ci a été convoqué, même s'il n'était pas du voyage. «J'y suis allé parce que je voulais collaborer, mais on m'a fait attendre pendant une heure. On m'avait oublié! Je suis donc parti et quand on m'a demandé d'y retourner, je n'y suis pas allé. Pour l'enquête interne, on ne m'a pas demandé de témoigner», relate-t-il.
Assez abracadabrante, toute cette histoire. Bien hâte de savoir comment ça va se terminer.