Jean Poirier

Francophobie: «c'est pire qu'il y a 40 ans»

La violence verbale liée à la francophobie atteint un niveau inquiétant et fait malheureusement partie des «normes» pour de nombreux jeunes et adultes qui n'ont plus aucune retenue sur les réseaux sociaux.
La nouvelle réalité, encore plus évidente depuis le début de la campagne électorale au Québec, a été dénoncée lundi sur la colline parlementaire à Ottawa par trois ténors de la francophonie, réunis pour annoncer une nouvelle étape de la campagne «Uni-e-s contre la francophobie», lancée en décembre et appuyée par une centaine de personnalités.
Lorsqu'il a entendu parler de cette campagne, Jean Poirier, grand défenseur de la francophonie ontarienne, a décidé de l'appuyer sans réserve. À ses yeux, la violence verbale exprimée contre les francophones est bien pire que celle qu'il entendait lorsqu'il s'est engagé en politique.
«C'est pire qu'il y a 40 ans, lance M. Poirier. Cette violence est devenue acceptable surtout quand il est question de la francophobie et de l'âgisme. Dans les deux cas, il n'y a pas de problème à dire n'importe quoi. Et je me demande quelle sera la prochaine étape? Je suis très inquiet. Moi, je leur demande de réfléchir avant d'écrire.»
Récemment, les messages des auditeurs d'une station radiophonique anglaise de la région, CHEZ 106, montrant Pauline Marois en mendiante, ont choqué par leur ton haineux. «You should've bought her a plane ticket on Air Malaysia Flight 370!» écrit l'un d'eux.
«Si on veut arriver à un débat démocratique, il faut que cela se fasse dans le respect», a rappelé le président de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB), Mario Beaulieu, qui incite les médias de langue anglaise à faire leur part.
Escalade
Malheureusement, dit-il, plusieurs éditoriaux publiés récemment pendant la campagne électorale québécoise n'indiquent pas vraiment de changement. Il y a une escalade de discours de dénigrement contre les Québécois et les francophones hors Québec qui défendent leurs droits. On les diabolise sur la base de leur culture, ce qui est inacceptable. Et rester silencieux devant ces dérapages porte à conséquence, souligne M. Beaulieu.
«Dans les médias de langue anglaise au pays, quand c'est du nationalisme québécois, c'est du nationalisme tribal. Mais quand c'est du nationalisme canadien, c'est très bien», souligne le président de la SSJB.
Lorsqu'il y a des injustices flagrantes contre les francophones hors Québec, les médias de langue anglaise en parlent peu. L'exemple du Collège d'Alfred, qui était récemment menacé de fermeture, en fait foi. «Il n'y a toujours pas d'université de langue française en Ontario, alors qu'au Québec, on finance trois universités anglophones qui reçoivent trois fois plus de financement que le poids démographique de la population anglophone», a indiqué le président de la SSJB.
La campagne contre la francophobie a été lancée en décembre dernier par la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, Impératif français et le Mouvement Québec français, appuyée par une centaine de personnalités. Elle se poursuivra pendant deux semaines dans divers médias.
pgaboury@ledroit.com