Après 40 ans d'engagement, Jean Poirier ne regrette rien. Il a fait de la francophonie en Ontario le combat d'une vie.

Franco-Ontarien jusqu'au bout

Retraité de la vie publique depuis maintenant quelques années, Jean Poirier laisse l'image d'un homme de poigne et de convictions, dont le franc-parler était sa marque de commerce. Samedi, l'ancien député de Glengarry-Prescott-Russell a reçu le Prix Richelieu Fondateur Albert-Boyer pour sa contribution à la francophonie ontarienne. Aujourd'hui, LeDroit et Radio-Canada reconnaissent son legs en lui décernant le titre de Personnalité de la semaine.
Partout où il est passé, Jean Poirier n'a laissé personne indifférent. Plusieurs ont applaudi son ton direct; d'autres le lui ont reproché. Mais, après 40 ans d'engagement public, communautaire et bénévole, le fier Franco-Ontarien ne regrette rien. S'il devait recommencer, il resterait le même, assure-il.
«Ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir apporté un leadership au sein de la francophonie ontarienne avec du franc-parler, sans langue de bois. À question honnête, réponse honnête. Je me suis toujours dit que si tu n'es pas prêt à accepter mes réponses, ne me pose pas de questions», lance Jean Poirier.
Ce dernier a fait de la francophonie en Ontario le combat d'une vie.
«Les Franco-Ontariens doivent se coucher chaque soir avec leur uniforme de pompier et être prêts à aller combattre les flammes à n'importe quelle heure de la nuit. Comme des pompiers volontaires, ils doivent être constamment sur le pied de guerre», image-t-il.
M. Poirier a siégé comme député provincial de Glengarry-Prescott-Russell de 1984 à 1995. Il détient d'ailleurs le record de la plus forte majorité, lui qui a obtenu 76% des suffrages lors des élections de 1987. Pendant son passage à Queen's Park, Jean Poirier n'a pas raté une occasion de taper du poing afin que les ministères et agences respectent l'esprit de la Loi sur les services en français en Ontario, la fameuse Loi 8. Il est également un des premiers à avoir exigé publiquement que les francophones de l'Ontario prennent totalement en main la gestion de leurs écoles.
«Ce qui m'a motivé toutes ces années, malgré les heures incalculables de travail, c'est le sens du devoir. Quand tu décides d'être un leader, il faut être capable de s'asseoir sur le banc du conducteur», affirme-t-il.
M. Poirier s'est également investi au sein de l'Association canadienne-française de l'Ontario (ACFO). Il a d'ailleurs été un des premiers agents de développement régional de l'organisme. C'est à ce titre qu'il remportera une de ses victoires les plus significatives, soit la création du premier collège francophone de l'Ontario, le campus d'Alfred de l'Université de Guelph.
Jean Poirier garde un souvenir indélébile de la réponse du gouvernement de l'époque, lorsqu'il a visité les bureaux ministériels à Queen's Park accompagné d'Omer Deslauriers.
«Le ministre Lorne Henderson avait ses deux grands pieds, longs comme des skis, posés sur son bureau. Il nous a regardés, puis nous a dit: «You French will never get your college. This meeting is over»», se souvient-il.
Ce refus ne fera qu'attiser la volonté de Jean Poirier, qui lancera un mouvement citoyen pour la création du collège d'Alfred. Aujourd'hui, la formation en agriculture de l'institution d'enseignement francophone est reconnue à travers tout le Canada.
Jean Poirier prendra ensuite la barre de l'ACFO de Prescott et Russell.
Après avoir souligné les réalisations de plusieurs Franco-Ontariens et francophiles - en mettant notamment sur pied le Banquet de la Francophonie de Prescott et Russell et en créant le Prix d'excellence en agriculture Pierre-Bercier -, c'est maintenant au tour des pairs de Jean Poirier de lui rendre hommage en lui décernant le Prix Richelieu Fondateur Albert-Boyer. La distinction a déjà été reçue par Trèva Cousineau, Jacques de Courville Nicol et Jean-Robert Gauthier, ainsi que l'archiviste Michel Prévost.
sbgauthier@ledroit.com