Le Quatuor Auryn.

Exclusivement «monde musical»

Plutôt réticent à m'aventurer parmi les acrobates de Beijing ou à faire une balade en poney, je me suis réservé le monde musical. Et en cette première partie du festival Musique et autres mondes, on n'a pas eu à se plaindre, avec deux quatuors à cordes - le Nouveau Quatuor Orford en deux programmes et le Quatuor Auryn en trois programmes tout aussi intéressants - et un trio, celui de Vienne, qui proposait également trois programmes différents...
Le «Nouveau» Quatuor Orford est «nouveau» dans le sens qu'il a repris le nom de celui mené par Andrew Dawes, fondé en 1965 et dissout en 1991, et qui fut à son époque le porte-étendard de la musique de chambre au Canada.
Essentiellement mené par l'excellent Jonathan Crow, ce «Nouveau» n'en est qu'à sa cinquième saison, et commence à marquer la scène canadienne par sa personnalité musicale. Il a une sonorité plus ample, un jeu plus extraverti, plus en phase avec les goûts de notre époque. L'élégance, la précision stylistique des prédécesseurs, leur souci d'intonation claire s'ouvrent ici par une respiration sonore plus large, par un jeu aux couleurs marquées. Un peu comme l'OCNA de Bernardi se compare à l'OCNA de Zukerman.
À preuve, dans ce programme comprenant Ravel, R.M. Schäfer et Brahms, ce premier quatuor de Murray Schäfer qui, des tensions dépouillées et de la transparence puissante chez les uns aux couleurs plus ombrées, au jeu plus musclé chez les seconds, serait passé d'un univers structuré à un monde grouillant.
Auryn
Le Quatuor Auryn, par se trois programmes, aura nettement marqué son passage de son empreinte sonore. Une expressivité chaleureuse de tout instant, un jeu d'ensemble d'un naturel enveloppant: le quatuor, après plus de 30 ans de travail en commun, a réussi à maintenir ce miraculeux équilibre entre l'individualité des instruments et la pulsation d'ensemble, ouvrant l'oeuvre à sa concordance interne.
Arrêtons-nous quelques instants à quelques-unes des huit oeuvres présentées. Par exemple, à ce Haydn (opus 77 nº2) au rayonnement symphonique ô-si-Beethovenien, avec son merveilleux menuet au rythme abolissant le cours du temps et annonçant le Schubert et sa génération «Wanderer». Ou encore, la grâce des harmoniques riches dans l'Intermezzo de Hugo Wolf; l'écoute des voix intérieures, déployant la densité, la poignance, le cheminement tendu et implacable de l'opus 131 de Beethoven vieillissant; la mobilité d'émotions, le relief si complexe mêlant courage et angoisse du Mozart de «La Chasse» (K458) et surtout dans l'inouï Les Dissonances (K465) où les Auryn ont su nous dire le regard mozartien. D'un morceau à l'autre: une joie d'écoute, au coeur des oeuvres.
Vienne
Vieil habitué de nos festivals d'été, Le Trio à piano de Vienne est revenu pour trois concerts aux programmes bien différents. Hautement professionnel, ce trio produisait des interprétations franches, sérieuses, plus robustes que séduisantes.
Avec l'arrivée de Bogdan Bozovic - nouveau violon, nouveau tempérament - l'équilibre s'est déplacé et leur fond si solide s'est mué en rayonnement musical attachant. Cela s'est entendu dans les trois Trios de Mozart (qui, tels quels, n'en a conçus que cinq) où, pourtant, le piano très présent de Stefan Mendl joue un rôle primordial; comme dans le très enlevé Trio en sol majeur de Haydn, dont le final n'a jamais sonné aussi hongrois, aussi tzigane; comme, surtout, dans la remarquable transcription d'Eduard Steuermann de La Nuit transfigurée de Schoenberg. Des interprétations de haute qualité!