Esthètes face à l'agonie

Francis Pagliaro n'est certes pas un enquêteur comme les autres. Philosophe à ses heures, toujours amoureux de sa complice de longue date Lisa, amateur de musique classique et de littérature, le héros de Richard Ste-Marie devient de plus en plus attachant, d'une affaire à l'autre. Dans Repentir(s), le voilà qui plonge avec toute la curiosité qu'on lui (re)connaît dans le milieu des arts visuels, des galeristes et des faux.
Gaston «Faby» Lessard est retrouvé mort dans sa galerie. À ses côtés, l'improbable cadavre d'un policier, Frédéric Fortier. Et sur les murs, les tableaux aussi intrigants qu'envoûtants d'un peintre recherché, Andrew Garrison.
Au gré des indices trouvés et des interrogatoires menés, Pagliaro et son collègue Martin lèveront le voile sur les coulisses les plus sombres du monde des arts visuels : celles des faussaires, des ventes aux enchères truquées, des arnaques et autres fraudes possibles.
Si l'auteur parvient si bien à rendre de façon fascinante et accessible autant de notions autrement arides, c'est non seulement parce qu'il peut compter sur les questions posées par son sergent-détective - néophyte en la matière - à d'éventuels suspects et spécialistes du sujet, mais aussi sur son propre parcours dans le milieu. En plus d'avoir enseigné à l'École des arts visuels de l'Université Laval pendant quelque 30 ans, Richard Ste-Marie est lui-même artiste et a déjà témoigné en tant qu'expert en Cour supérieur et en Chambre criminelle dans des causes de litiges de droits d'auteurs et de faux tableaux.
De fil en aiguille, Richard Ste-Marie trame aussi en parallèle le destin d'un garçon grandissant entre les jupes de sa mère et les petits animaux qu'il attrape au collet, tenaillé par cet irrésistible besoin de dessiner et peindre non pas la mort autant que l'agonie, ce dernier souffle qui le trouble tant. Au point de se lier d'une amitié ambiguë avec le ténébreux Samuel, d'un an son aîné.
Le lecteur le «ressentira» rapidement : ce gamin au talent aussi prometteur que dérangeant ne peut qu'être celui qui, devenu homme, signe Andrew Garrison les oeuvres exposées à la galerie où le double meurtre est survenu.
Certes, on ne s'étonne pas que, pour les besoins de son polar, l'auteur ait choisi d'explorer les pulsions les plus tordues de l'artiste inévitablement torturé, en quête d'un exutoire à ses tourments les plus intimes. On ne peut toutefois s'empêcher de regretter ces retours en arrière plutôt convenus dans une enfance empreinte d'une violence sans contredit désolante, mais au final peu originale, voire presque cliché pour le genre (si ce n'est pour la signification bien particulière que Richard Ste-Marie donnera à la notion de copycat).
Malgré ces bémols, Repentir(s) s'avère le roman le plus abouti de Richard Ste-Marie dans cette série mettant en vedette Francis Pagliaro et comptant aussi L'Inaveu et Ménage rouge.
Les dernières pages laissent entrevoir un nouveau visage du policier qui se développera sûrement dans d'autres titres. Du moins, l'espère-t-on.
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Repentir(s), Richard Ste-Marie, Alire, 340 pages
*** 1/2