La danseuse Xiao Nan Yu a su rendre avec justesse et émotion toute la complexité et la richesse de cette figure marquante du ballet classique. À ses côtés, dans le rôle de Siegfried, McGee Maddox, un danseur au physique imposant.

Envoûtant Lac des cygnes

Créé par le Ballet Bolchoï à Moscou en 1877, Le Lac des cygnes demeure l'un des ballets les plus appréciés du répertoire de ballet classique. En 2010, Nathalie Portman, sublime sous la direction du réalisateur Darren Aronofsky, remportait l'Oscar de la meilleure actrice pour son interprétation de la reine des cygnes. Dès lors, ce ballet creuse plus que jamais son emprise sur l'imaginaire collectif, tout comme la version du chorégraphe canadien James Kudelka, qui nous invite à scruter notre part d'ombre la plus obscure. Depuis jeudi, le Ballet national du Canada est installé, à guichets fermés, à la salle Southam du Centre national des arts (CNA). Fascination, quand tu nous tiens...
L'histoire est à la fois simple et complexe. Arrivé à la majorité, le prince Siegfried doit choisir une épouse, par obligation et non par amour, ce qui le vexe. Durant la nuit, il se rend dans la forêt où il fait la rencontre d'Odette, le cygne blanc, dont il tombe amoureux. Il tentera de la retrouver et se fera leurrer par Odile, le cygne noir et sosie d'Odette, qu'il demandera en mariage. L'erreur ne sera pas sans conséquences graves.
Le Lac des cygnes est principalement construit autour du personnage d'Odette/Odile, un des rôles les plus convoités et exigeants du répertoire, tant du côté technique que de l'expression dramatique. Précision, rigueur et souplesse sont essentiels à l'exécution des nombreux fouettés - réglés au quart de tour - qui composent les solos du maléfique cygne noir et du céleste cygne blanc. Tout faux pas est rapidement décelable. Gracieuse, délicate et élancée, la danseuse Xiao Nan Yu a su rendre avec justesse et émotion toute la complexité et la richesse de cette figure marquante du ballet classique. D'un hochement de tête tout en nuances à un bras qui s'étend avec un infini raffinement jusqu'à la pointe des doigts, elle a - de tout son corps - séduit le public, jeudi soir, lors de la première.
À ses côtés, dans le rôle de Siegfried, McGee Maddox, un danseur au physique imposant, qui n'est pas sans rappeler celui de nos patineurs de vitesse courte piste en direction de Sotchi. Malgré ses jambes aux muscles olympiens, celui-ci était parfois hésitant, chancelant devant sa partenaire, brisant ainsi l'harmonie entre le couple, ce lien unique et fusionnel qui est essentiel pour incarner une relation scénique où l'on souhaite voir deux danseurs se fondre l'un dans l'autre, à l'image même de l'amour qui les unit.
Le corps de ballet saura nous en mettre plein la vue avec des chorégraphies d'une beauté époustouflante. Parfaitement synchronisées, les danseuses aux tutus vaporeux ont multiplié avec talent les prouesses techniques et les innombrables déplacements sinueux et vertigineux. Les danseursqui avaient fière allure dans leurs costumes de chevalier, ont quant à eux rivalisé d'audace au premier acte. À surveiller, quatre petits cygnes qui, placés côte à côte, offrent un numéro qui délie joyeusement les langues à l'entracte.
La conception des costumes et des décors revient à Santo Loquasto. Au retour de l'entracte, les spectateurs auront droit à une explosion de couleurs alors que les princesses, venues de partout au monde, tenteront de conquérir le coeur de Siegfried dans une salle de bal aux allures gothiques. Orné de murs peints et de quelques accessoires convenus (un château en forme de modèle réduit), le décor, élémentaire, brille par son manque d'originalité et contraste avec la somptuosité des costumes.
Amoureux des statistiques, voici quelques données qui vous plairont : la production réunit 120 costumes, dont une mer de magnifiques tutus pour lesquels on a utilisé environ 1000 mètres de tulle (l'équivalent de 10 stades de football) et 5000 plumes (coupées à la main par plus de 35 bénévoles).
Malheureusement, la production est présentée à guichets fermés. Avec un peu de chance, on pourra se procurer un billet en se pointant à la Billetterie du CNA, si certaines places se libèrent, en cas d'éventuels retours de billets à la dernière minute.