Quelque 51% des Québécois estimetn que la prostitution devrait être légale.

Entretien avec un ancien proxénète

« Moi, je fais tout le travail : j'achète les robes, je les conduis, je les protège, je gère l'argent. Elles ? Elles ont seulement à coucher avec les gars. »
En entendant ce proxénète - qui n'est désormais plus dans l'industrie du sexe -, la chercheuse Élise Wohlbold a dû contrôler ses émotions et garder une attitude neutre, même si les propos qu'elle entendait avaient de quoi lui faire serrer les poings.
Mme Wohlbold vient de terminer, avec son assistante Katie LeMay, une étude de neuf mois sur la traite de personnes. Son document de 75 pages Vers la prévention de la traite de personnes et de l'exploitation reliée dans la région d'Ottawa est l'un des plus complets sur le sujet.
Le projet imPACT (Personnes en action contre la traite de personnes) dresse un dur constat sur la situation dans la région de la capitale fédérale.
Hier, Mme Wohlbold a raconté avoir rencontré 140 filles et femmes victimes de la traite de personnes. Dans le cadre de son étude, elle n'a pu parler qu'à un seul homme, qui se présentait d'abord comme un simple soldat, soit celui qui conduit les filles chez les clients.
« Après quelques minutes, dit-elle, j'ai compris qu'il était bien plus haut dans la hiérarchie. Il était le négociateur. Pendant une heure et demie, il m'a expliqué comment il travaillait. »
Le proxénète gardait 100 % des revenus. La fille n'avait rien. Enfin, un peu d'argent servait à lui acheter des robes courtes, des souliers à talons hauts, et du maquillage.
« C'est un gars qui paraît assez bien, raconte-t-elle. Il pourrait être n'importe qui. Ce n'est pas l'image du proxénète au style hip-hop 'bling bling'. Il est bien vêtu. Pas le genre qui a l'air d'un dur. J'ai facilement compris comment il pouvait se comporter avec les filles, au premier contact. »
Puis, vient cette déclaration sur « Je fais tout le travail... Elles ont seulement à coucher avec les gars. » La chercheuse, dans son entretien avec LeDroit, en marge de la conférence de presse d'hier, retient ses mots pour ne pas être impolie.
« Ce qui est impressionnant, c'est qu'il ne se croit aucunement misogyne ou sexiste. Il dit toujours qu'il sauve des filles de la rue, des filles en fugue. »
Ces filles sont souvent fragiles : les filles les plus vulnérables ont en moyenne 16 ans. Elles sont recrutées partout : du centre d'achat au gîte pour sans-abri, en passant par les loyers à prix modiques, les quartiers cossus ou les centres de distribution de méthadone.
Elles se sentent rejetées, en marge de la société. Leur besoin d'affection est fort. Elles partent avec celui qui a la belle voiture, le bel appartement, les belles manières. Par amour, naïveté ou par désir de s'en sortir, elles suivent...
La suite se transforme en cauchemar qui dure des semaines, des mois, voire des années. Les clients se succèdent, ainsi que les menaces du proxénète pour faire plus d'argent.
PACT veut aller dans les écoles secondaires, dès cette année, pour faire de la prévention. C'est la meilleure place pour entreprendre des actions de base, selon la chercheuse.
Les principales cibles des trafiquants ont entre 16 et 25 ans. Certaines filles - aussi jeunes que 9 ans - ont déjà été visées, nous apprend le rapport.