Maryse Gaudreault en plein blitz électoral.

En terrain conquis

D'ici au scrutin provincial du 7 avril, notre chroniqueur Patrick Duquette suivra pas à pas, le temps d'une journée, un candidat de chacun des principaux partis en lice. Aujourd'hui, la candidate libérale dans Hull, Maryse Gaudreault.
C'était censé être la première journée du printemps, jeudi dernier. Sauf qu'il neigeait sur la circonscription de Hull. Une grosse neige mouillée, poussée par des bourrasques de vents frisquets. Un temps à ne pas mettre un candidat libéral dehors.
J'avais rendez-vous avec Maryse Gaudreault à son local électoral du boulevard de la Carrière. C'est Pierre Philion qui m'accueille d'une poignée de main. L'ancien conseiller municipal de Gatineau est un organisateur libéral de longue date. Il s'occupe de la campagne de Maryse comme il le faisait pour Roch Cholette dans le temps. Un vieux de la vieille qui connaît tous les rouages d'une campagne électorale.
C'est lui qui dirige la réunion de début de journée. Maryse est déjà là. Il y a aussi son attaché politique, Jean-Philippe Bergeron, et deux autres collaborateurs.
On discute des débats à venir, des dossiers du jour. L'humeur est à l'optimisme. L'arrivée de Pierre Karl Péladeau dans le camp du Parti québécois est perçue comme une véritable aubaine. Dans les bastions fédéralistes de l'Outaouais, la menace d'un référendum donne des munitions aux candidats libéraux.
On discute aussi des détails de la venue d'un ancien ministre libéral la semaine prochaine. Pierre Arcand viendra donner un coup de main à sa collègue Maryse, mais également à Alexandre Iracà dans Papineau. Au quartier général du PLQ à Montréal, on insiste pour que l'ex-ministre passe par Papineau, où le péquiste Jean-François Primeau a failli battre Iracà à l'élection de 2012.
Philion accueille cette exigence avec un haussement d'épaules. La dernière fois, Iracà était peu connu, il est arrivé tard dans la campagne et il succédait à Norm MacMillan, qui était un monument dans la région. «Les choses sont différentes cette fois-ci», fait-il valoir, confiant qu'Iracà l'emportera plus facilement.
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Comme il fait trop mauvais pour faire du porte-à-porte à l'extérieur, l'équipe a ciblé un immeuble à logements.
C'est ainsi qu'un foulard rouge libéral noué autour du cou, Maryse Gaudreault s'est retrouvée à arpenter les couloirs sombres d'un HLM du boulevard Mont-Bleu. Il y règne une entêtante odeur de tabac froid, mais aussi des effluves de lessive, de parfum bon marché et de cuisson.
Une sympathisante nous ouvre la porte et nous guide jusqu'à l'étage. Avant de frapper à la première porte, Maryse Gaudreault prend soin de se placer directement devant le judas. «Les gens sont méfiants ici», me souffle-t-elle.
Toc, toc, toc.
Un monsieur apparaît dans l'entrebâillement. Il reconnaît Maryse Gaudreault, ouvre tout grand la porte. «Vous, je vous aime bien. Mais votre chef là, Philippe Couillard, il n'a pas le charisme de Jean Charest», lui lance-t-il sans autre préambule.
Mais ici, peu de gens se risquent à discuter de politique avec Maryse. Bien des femmes sont encore en pyjamas et en pantoufles même s'il est 11h du matin. Un monsieur ouvre la porte, le torse nu, pas gêné le moins du monde. Une autre, assez âgée, fait pitié. Elle a une voix très faible. «Je suis malade», dit-elle. Je ne vois que sa main sur le cadre de porte. Du vernis à ongles rouge a bavé sur les doigts.
Un peu plus loin, un chien se met à japper dès que la candidate cogne à la porte. Une dame finit par ouvrir. Maryse s'exclame: «Oh, c'est un chihuahua! J'en ai un pareil à la maison.» Après un brin de conversation, la dame assure la candidate qu'elle votera pour elle. L'édifice compte de nombreux sympathisants libéraux. On est ici en terrain conquis.
À sa quatrième campagne électorale, Maryse Gaudreault est rompue à toutes les subtilités du porte-à-porte. Un exercice plein de surprises, parfois périlleux. «On ne sait jamais à quoi s'attendre. Je me lance vraiment sans filet aujourd'hui», lance-t-elle à mon endroit.
Beaucoup de gens lui parlent du système de santé. Deux soeurs qui habitent ensemble se plaignent de la malpropreté à l'hôpital de Hull. La plus jeune, âgée de 80 ans, doit se faire opérer bientôt. Elle appréhende le fait de se retrouver à l'hôpital. Mme Gaudreault lui dit que ce n'est pas elle qui fait le ménage à l'hôpital... Mais elle promet d'intercéder à nouveau auprès des autorités.
La députée a déjà fait du porte-à-porte dans Hull avec Philippe Couillard à l'époque où il était ministre de la Santé. Avec David Whissell aussi. Mais à l'écouter parler, c'est l'ex-ministre des Aînés, Marguerite Blais, qui remporte le plus de succès. Dans une résidence pour personnes âgées, l'ancienne animatrice s'est un jour mise à jouer du piano, un instrument qu'elle a étudié au conservatoire. Le party a pogné... «On aurait bien aimé l'avoir pour cette campagne-ci, mais elle est très en demande», regrette Maryse Gaudreault.
Le reste de la journée s'est déroulé à la vitesse de l'éclair.
Entre les séances de porte-à-porte, Mme Gaudreault a serré des mains à des immigrants au SITO, a assisté à une conférence de presse à la Maison du citoyen, a pris une coupe de champagne lors d'un 5 à 7 de financement pour une école privée... Elle a sauté le souper pour ne pas arriver en retard à un spectacle de l'APICO au Cégep de l'Outaouais.
C'est seulement en soirée, alors qu'elle écoutait le débat des chefs avec une quinzaine de militants à son local électoral, qu'elle s'est accordé une petite pause. Et un souper commandé chez St-Hubert.
Une journée typique de campagne.