Le Palais de justice de Maniwaki.

En état de psychose, elle croyait être pourchassée par des templiers

Une femme de 59 ans accusée d'avoir percuté mortellement un signaleur routier, en 2010, a réentendu l'histoire de sa psychose, dans laquelle elle se croyait pourchassée par des templiers germaniques noirs.
Le procès de Diane Roberts s'est ouvert lundi, au palais de justice de Maniwaki. Elle se défend des accusations de conduite dangereuse causant la mort, de délit de fuite et de possession de haschich.
Le 19 octobre 2010, le signaleur expérimenté Stéphane Labelle, originaire de Mont-Laurier, connaissait une fin tragique en étant heurté par le petit véhicule utilitaire sport de Mme Roberts. M. Labelle travaillait sur un chantier de construction de la route 117, au nord de Maniwaki, près de l'entrée du parc de La Vérendrye.
La circulation se faisait en alternance, et un véhicule du chantier devait servir d'escorte pour les automobilistes, une direction après l'autre.
Désorientée, n'ayant apparemment pas dormi depuis des jours et sous le coup d'une panique permanente, Mme Roberts a poursuivi sa route, malgré la signalisation qui l'en interdisait.
Elle a doublé plusieurs voitures immobilisées, et à la dernière seconde, a donné un coup de volant et frappé le travailleur de 43 ans. Celui-ci, projeté sur plusieurs mètres, n'a eu aucune chance.
La femme a poursuivi sa route jusqu'au restaurant Le Classique, dans le parc de La Vérendrye. C'est dans le stationnement de ce commerce que les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) l'ont retrouvée.
Suivie par des templiers
Hier, des policiers ont décrit l'état fort inquiétant de la femme, à l'époque. Entre de courts instants de lucidité et de dérapage psychotique, Mme Roberts semblait alors comprendre son droit au silence et à l'avocat, tantôt craindre les scénarios de sa psychose.
Selon l'agent Gabriel Ouimet, de la SQ, l'accusée disait être suivie par des templiers depuis la veille de l'accident. Le policier a été parmi les premiers arrivés sur la scène de crime, vers 14h30.
Dans l'ambulance, une demi-heure plus tard, la femme, toujours agitée, continuait de parler de tout, sauf de l'accident.
« Elle ne cessait de m'interrompre pendant que je lui lisais ses droits. Elle devenait tantôt agressive, tantôt calme, et tenait des propos religieux sans liens entre eux. »
Pendant ce temps, les ambulanciers paramédicaux ont observé une hausse importante de sa fréquence cardiaque. Un des secouristes a failli être mordu par la patiente, qui a dû être attachée à sa civière.
Bien qu'elle se souvenait de l'accident, elle changeait toujours de sujet pour revenir sur les templiers, Jésus, les anges, Dieu, les esprits, et l'astrologie.
Elle a rajouté que son mari était mort « plusieurs fois ».
Les policiers ont vérifié le statut de l'homme, par mesure préventive. Celui-ci était toujours vivant.
« La dame parlait d'un fantôme qui la suivait, puis affirmait être mon patron, pour ensuite dire que des gens la contrôlaient. »
La psychose a été observée par un docteur de Maniwaki, qui a proposé de la transférer à l'hôpital Pierre-Janet, dans le secteur Hull.
L'avocat de l'accusée, Jean Bourget, a tenté de faire valoir, en contre-interrogatoire, l'état de détresse de sa cliente.
Dans sa crise, après de brèves périodes de lucidité, elle affirmait avoir eu « un mauvais week-end ».
Celle-ci est restée silencieuse aux côtés de son avocat, lundi et hier.
Revenue à la raison, le lendemain de l'accident, elle a demandé aux autorités ce qu'elle faisait sur la 117. Elle a ajouté avoir quitté Poltimore, 130 kilomètres au sud, dans un simple désir de conduire avec son chien à ses côtés. Il n'y avait pas de chien dans la voiture.
Le 20 octobre 2010, au poste de police, la femme a repris ses esprits, comprenant qu'une personne était décédée dans un accident la mettant en cause. « Elle a demandé comment l'accident était arrivé, et voulait savoir si le travailleur du chantier avait une famille », a mentionné le sergent Alain Hébert, hier.
Le procès a été suspendu au moins jusqu'à la fin du mois d'août.