Yves Doyon, chanteur et membre fondateur du groupe En Bref.

En Bref sort de sa longue parenthèse

Groupe phare de la francophonie hors Québec dans les années 1990 - on lui doit notamment le succès Ici dans l'Nord et, plus récemment, Grande histoire d'amour, l'hymne des Jeux de la francophonie tenus à Sudbury en 2011 -, En Bref met fin à 15 ans de silence quasi total.
Mais la formation ne renaît pas de ses cendres, car le feu ne s'était jamais tout à fait éteint, rappelle le chanteur et membre fondateur Yves Doyon. « L'amitié » des membres est restée intacte et En Bref a continué de se produire « ponctuellement, pour le plaisir ».
Le groupe avait simplement été mis « en veille », explique-t-il, en évoquant un burn out et des problèmes de gérance qui ont « dérapé » en 1997, en pleine apogée, à l'heure où « tout se mettait en place », notamment grâce à un premier album - réalisé par Marcel Aymard - auquel les radios québécoises n'étaient pas indifférentes.
L'envie de créer ensemble les a repris il y a quelques années.
Un nouvel album au titre connivent, Silence Radio, était lancé cette semaine. Il a été réalisé par Shawn Sasyniuk, qui, derrière sa batterie, est membre en règle depuis 1994. À la basse, Scott Aultman, « notre grooveur », complète une « section rythmique vraiment solide, qui vient appuyer la double personnalité d'En Bref, car on a toujours métissé le côté funk-groove et le côté folk », que ce soit sur disque ou en prestation, en oscillant « entre une formulation acoustique et des moments où ça groove au boutte, au point que tu te demandes si c'est le même band ou pas », s'esclaffe Yves Doyon.
L'autre membre fondateur, Martin Laforest, aux guitares, complète le quatuor.
Le disque joue la carte de la continuité et des retrouvailles. On y trouve par exemple une piste « cachée », Ça fait longtemps, qui date de la belle époque. « C'est une composition qui n'existait que sur cassette ; elle était sur notre premier démo, mais n'avait jamais été enregistrée en bonne et due forme. C'est un clin d'oeil aux gens qui nous ont suivi. » Elle a été écrite par Patrick Laforest, membre des débuts, qui revient d'ailleurs s'amuser avec son frère et ses complices sur quelques morceaux du disque.
Un ton léger
La nouveauté s'exprime surtout dans la sensibilité, plus mature, plus zen, qui se dégage de son écriture, et dans les échanges plus riches entre les musiciens, analyse le chanteur.
Scott Aultman « l'anglo, qu'on assimile tranquillement pas vite » a lui aussi signé un texte, Funky Monkey.
« Il nous a envoyé quelque chose de complètement absurde, qu'il a passé par Google Translate et qu'il a fignolé un peu. C'était incompréhensible par bouttes, mais c'était trop bon ! » Le « ton très léger » de ce morceau, convient Yves Doyon, contraste sérieusement avec le restant de l'album, aux thèmes plutôt sérieux, « même s'il y a toujours une pointe d'espoir quand je parle de choses difficiles ».
Ce soir, le quatuor fait son grand retour scénique à La nuit sur l'Étang de Sudbury, à titre de groupe maison du festival. Il sera entouré de plusieurs invités, dont le claviériste Éric Sauvé (qui, tout comme Shawn Sasyniuk, accompagne Roch Voisine dans ses tournées internationales). En Bref se produira ensuite à Ottawa, le 14 juin prochain, en clôture du Festival Franco-ontarien, avant de se mettre véritablement en mode tournée.
« On veut rôder le show et en profiter pour rebâtir notre public, parce que les vieux de la vieille nous reconnaissent, et on a des appuis intéressants [de l'industrie], mais après 17 ans, on arrive comme des artistes émergents. On repart de zéro, ou presque », avance humblement Yves Doyon.
Un disque live, pour l'instant accessible uniquement sur le bandcamp d'En Bref, devrait paraître cet automne.