Elton John a offert une prestation de grande classe, hier soir, au Centre Canadian Tire. Un spectacle de près de trois heures qui a ravi les quelque 17 000 fans réunis autour de leur idole.

Elton John électrise le Centre Canadian Tire

L'essentiel, tout de suite. Telle est la sensation perçue par le public du Centre Canadian Tire lorsqu'Elton John est entré en scène. Au creux d'un faisceau de lumière, des mains glissent sur un piano, majestueuses. Pendant 5 minutes, les notes coulent naturellement, qui se suffisent à elles-mêmes. Aux aguets, droit sur son tabouret, Sir n'a besoin d'aucun salamalecs en guise d'introduction.
Il est 20 h 10 tapantes, la pop star anglaise n'attendra pas les malheureux retardataires bloqués dans le trafic routier à l'extérieur de l'aréna. Ils seront encore nombreux à rejoindre les rangées clairsemées, une demi-heure après le début du concert. Hier soir, l'absence d'une première-partie en a certainement déçu plus d'un...
Cheveux couleur paille légèrement en bataille, queue-de-pie à paillettes, petites lunettes fumées améthystes, le chanteur entame sans tarder son marathon de trois heures, et les classiques s'enchaînent sans répit: Bennie and the Jets, Candle in the wind, Grey Seal, Levon...
La voix plus basse, plus éraillée, d'abord éclipsée par le piano tout-puissant, finira par s'imposer après quelques titres. Sur deux écrans géants, une salle comble de 17 000 fans admire les mains virtuoses du maître glissant sur le clavier du long piano à queue. De tout le concert, les coulées pianistiques rappelleront à elles seules l'essence profonde de sa musique; des intermèdes fort à propos en cette veille de Saint-Valentin où visiblement de nombreux couples n'ont pas attendu le 14 février pour roucouler.
Un temps, Elton John hystérisait les foules de son mélange pop et rhythm'n' blues en lunettes strassées et platform-boots. Modèle d'extravagance, il est passé de l'artiste tourmenté, dérangé, au gai rangé.
Finies donc, pour lui, les frasques fantasques qui ont tissé sa légende. Ses perruques à la Mozart, ses déguisements extravagants, ses chapeaux de marquise ? Il les a remisés dans les vestiaires de son passé agité.
Les seuls accessoires qu'il se permet désormais sur scène: un grand verre d'eau et un petit crachoir disposés sur un tabouret, vers lesquels il se retourne discrètement entre deux titres. On essaie d'oublier les gargarismes pour se concentrer sur la musique. Après Believe («qui contient tout ce que je voudrais dire dans une chanson», a-t-il confié au public), Oceans Away et Someone saved my life tonight, le spectateur commence à sentir quelques picotements dans les mollets.
Les musiciens Davey Johnstone à la guitare, Matt Bissonette à la basse, John Mahon aux percussions (surdoué du tambourin, du tambour, des cymbales, timbales, gong ou autres xylophones), Nigel Olsson à la batterie et Kim Bullard aux claviers sont autant capables de tisser un blues indémodable (I've Seen That Movie Too) que de mener une Mona Lisas and Mad Hatters par le bout de la mandoline ou faire chanter les 4 étages de l'aréna sur la finale de Crocodile Rock. N'en jetez plus. Les mélodies d'Elton John resteront intemporelles.