Économiser dans les congés?

Il est rare qu'à une question complexe, on puisse appliquer des solutions simples. Cette semaine, le directeur parlementaire du budget (DPB), Jean-Denis Fréchette, a torpillé la rhétorique du président du Conseil du Trésor, Tony Clement, à l'effet qu'en coupant dans le nombre de congés de maladie des fonctionnaires, le fédéral pourrait économiser des sommes substantielles aux contribuables canadiens. Selon le rapport du DPB, il n'en est rien.
Déjà en février dernier, le directeur parlementaire du budget avait estimé à 871 millions le coût (incidence financière) des congés de maladie dans la fonction publique. Il avait alors appliqué une formule très simple pour faire son calcul en multipliant le nombre moyen de congés de maladie de 11,52 jours par le nombre d'employés. Or, il avait alors observé des disparités importantes entre les ministères. Jean-Denis Fréchette a raffiné son travail à la demande du député néo-démocrate d'Ottawa-Centre, Paul Dewar, en faisant une analyse financière indépendante des coûts de congés de maladie dans une vingtaine de ministères.
Une conclusion s'impose. Elle est d'une simplicité désarmante : « L'analyse des données laisse croire que, en 2011-2012, le coût supplémentaire des congés de maladie payés n'a pas été significatif financièrement et n'a pas représenté des sommes importantes pour les ministères. » On constate également qu'il y a disparité entre les données transmises par le Conseil du Trésor « regroupées et très générales » et celles des ministères qui empêchent leur rapprochement. En clair, le DPB en vient à la conclusion que la plupart des ministères ne font pas appel à un remplaçant quand un employé doit s'absenter pour cause de maladie, à part certains ministères qui doivent assurer des fonctions opérationnelles sur le service, la santé ou la sécurité. On pense ici aux gardiens de prison.
Doit-on alors en conclure que le président du Conseil du Trésor est dans le champ lorsqu'il affirme vouloir réduire les congés de maladie pour faire économiser les contribuables ? Tony Clement se dit déterminé à introduire un nouveau plan d'invalidité à court terme « qui assurera que tous les employés aient un accès égal au régime d'invalidité et qui aidera les fonctionnaires à retrouver la santé et à retourner au travail. »
Si la conclusion du directeur parlementaire du budget est difficilement réfutable, elle montre également ses limites, car l'absentéisme a un coût réel lorsqu'il faut remplacer l'employé absent, un certain coût d'opportunité si l'on tient compte du travail qui ne s'accomplit pas dans les délais escomptés, et un coût non mesurable sur le moral des employés qui doivent assumer des tâches plus lourdes ou des responsabilités additionnelles.
La position du président du Conseil du Trésor ne s'explique qu'en termes politiques et électoraux. L'objectif du gouvernement ne semble pas tant de faire économiser des sous aux contribuables que de faire de la politique de division au détriment des fonctionnaires, de leurs syndicats et des partis d'opposition. Nous sommes tous conscients que les avantages sociaux des fonctionnaires sont très avantageux et qu'ils font des envieux dans le secteur privé. Le désir du gouvernement de sabrer dans le régime des congés de maladie des fonctionnaires offre aux conservateurs de Stephen Harper une occasion en or de faire du kilométrage sur une question qui leur vaudra de nombreux appuis auprès d'un électorat sympathique à tout gouvernement qui casse du sucre sur le dos des fonctionnaires.
La semaine dernière, les négociations qui viennent de s'amorcer sur le renouvellement des conventions collectives avec l'Alliance de la fonction publique du Canada ont mis en évidence le gouffre qui sépare le gouvernement des syndicats de fonctionnaires. Tony Clement a voulu placer la discussion sur les congés de maladie et de l'assurance-invalidité dans un contexte de consultations plutôt que de négociations. Il n'a leurré personne si ce n'est que de tirer une ligne difficilement franchissable sur toute amélioration au régime actuel. On appelle cela une position de négociation et non une amorce de consultations.