Le péquiste Gilles Aubé affirme qu'il doit travailler «dix fois plus fort» que sa rivale libérale pour convaincre les gens pendant la campagne.

D'un pas rapide

D'ici au scrutin provincial du 7 avril, notre chroniqueur Patrick Duquette suivra pas à pas, le temps d'une journée, un candidat de chacun des principaux partis en lice. Aujourd'hui, le candidat péquiste dans Hull, Gilles Aubé.
Il marche vite, Gilles Aubé, son sac à dos plein de dépliants électoraux sur l'épaule. À tel point que les bénévoles qui font du porte-à-porte avec le candidat péquiste dans Hull le supplient parfois de ralentir la cadence.
Là où il passe, les gens le reconnaissent. Il faut dire que M. Aubé, qui est médecin de famille, a soigné un jour ou l'autre une bonne partie de ses électeurs. Et à sa quatrième tentative de se faire élire, son visage commence à leur être familier.
C'était mercredi dernier, on faisait du porte-à-porte au centre-ville. Gilles Aubé visite des commerces. Il rentre partout, dans les garages, les salons de bronzage, les restos, les tavernes... Il jase avec la réceptionniste ou le gérant, laisse quelques dépliants sur le comptoir si on lui en donne la permission.
« L'idée, c'est que les employés parlent de moi à l'heure de la pause ou du lunch, puis qu'ils en parlent à leur famille, à leurs amis », raconte-t-il pendant que je presse le pas pour le suivre. À 58 ans, le Dr Aubé est en forme même s'il a peu de temps pour le sport. De petite taille, il a déjà joué au hockey.
« J'étais centre, c'est moi qui faisais les jeux », dit-il.
M. Aubé a droit, la plupart du temps, à un accueil poli. Mais pas toujours. Dans un commerce, un client anglophone refuse de serrer la main du candidat souverainiste. D'un ton poli, mais ferme, le propriétaire exhorte M. Aubé à quitter les lieux. Ce qu'il fait sans discuter.
Au Tigre Géant sur la rue Eddy, une employée le reconnaît au premier coup d'oeil. « Docteur Gilles », s'exclame-t-elle, visiblement impressionnée de rencontrer en personne le monsieur qu'elle voit à la télévision et dans les journaux. « C'est vraiment vous ? », insiste-t-elle.
M. Aubé retire sa tuque, se compare avec la photo sur sa publicité. L'employée rit. Il lui sert son laïus habituel : « On veut construire une faculté de médecine à l'UQO, ici tout près, pour former nos médecins en région. Mais pour ça, j'ai besoin de votre appui... »
Dans un bastion fédéraliste comme Hull, les réponses affirmatives ne sont pas légion. Bien souvent, les gens servent une réponse ambiguë, du genre, mon choix n'est pas fait, je vais regarder ça...
Chez Emmaüs, un peu plus loin sur Eddy, un monsieur salue joyeusement le Dr Aubé en se déclarant souverainiste. Un petit manège se met en branle. Une bénévole photographie M. Aubé avec le sympathisant péquiste. Le cliché va se retrouver sur la page Facebook du candidat. L'objectif est de créer un élan, de démontrer que le PQ récolte des appuis dans Hull.
Plus loin, le Dr Aubé pénètre dans une taverne du Vieux-Hull. Une douzaine de travailleurs, attablés ici et là devant une bière, lui lancent des regards peu amènes. Soudain, le visage d'un client s'éclaire. « Dr Aubé ! Je vous reconnais, vous êtes venu l'autre jour aux Braves du Coin... »
En un rien de temps, M. Aubé devient la vedette de la place. Un client commence à négocier avec lui. « Si je vote pour vous, allez-vous me prendre comme patient à votre clinique ? » « Commencez par voter pour moi... », lui rétorque M. Aubé sans s'engager à rien.
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Une bonne partie de la matinée est consacrée à la préparation d'un débat qui se déroule le midi au Cégep de l'Outaouais.
Avec son attaché politique, Dominic Vallières, le Dr Aubé prépare ses « lignes », soit les répliques qu'il entend servir à ses adversaires, notamment à Maryse Gaudreault, sa rivale libérale de longue date.
L'attaché politique se réfère à un cahier de plusieurs centaines de pages. Un genre de « wiki » péquiste qui contient les angles d'attaque contre les partis adverses, les engagements des partis, les déclarations plus ou moins heureuses des chefs, etc.
Très à l'aise en santé et en éducation, Gilles Aubé maîtrise mal le dossier des ressources naturelles qui est au menu du débat. « Je n'y connais rien », admet-il candidement en potassant des informations sur le pétrole d'Anticosti.
À la fin, il contemple ses notes. « Je ne suis pas capable de me relire. Vas-tu me récrire tout ça ? » Comme tout médecin qui se respecte, son écriture est illisible...
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Au débat, Gilles Aubé fait face au tir croisé de ses quatre adversaires sur la question de la charte des valeurs. « On ne brime pas la liberté de religion, riposte-t-il. Les gens peuvent s'habiller comme ils le veulent. Mais l'espace public, c'est neutre. »
Plus tard, lors du porte-à-porte, le Dr Aubé rentrera dans une petite échoppe de couture. L'employée, qui porte le hijab, refusera sa main tendue. Elle acceptera cependant celle de la bénévole qui accompagne M. Aubé. « Probablement que ce n'est pas acceptable pour son mari qu'elle me serre la main », en déduit le Dr Aubé.
Mais c'est la question de la souveraineté, sur toutes les lèvres depuis le début de la campagne, qui lui complique le plus la tâche. Quand je lui dis que Maryse Gaudreault fait son porte-à-porte en terrain conquis, il fait la moue.
« Moi, il faut que je travaille dix fois plus fort pour convaincre les gens et pour des résultats moindres », glisse-t-il.
Mais ce n'est rien pour le décourager. D'ailleurs, le voilà déjà reparti, de son petit pas rapide...