La neutralité religieuse de l'État doit être visible et s'incarner dans l'image projetée par ses employés, a dit en substance le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, pour justifier sa position sur les signes religieux.

Drainville est prêt à faire de la charte un enjeu électoral

Le gouvernement Marois est prêt à faire de la charte de la laïcité un enjeu électoral, et ce, avant longtemps.
Mais si ce scénario s'avère, ce sera la faute des partis d'opposition, a fait valoir mardi le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, en point de presse, en marge du lancement de la consultation publique portant sur le projet de loi 60, qui définit les règles de la charte des valeurs de laïcité.
Car si les partis d'opposition votent contre le budget ce printemps, au moment où le débat sur la charte bat son plein, le Québec se retrouvera en élection. L'enjeu de la charte sera forcément au coeur de la prochaine campagne, a soulevé M. Drainville.
«La CAQ et les libéraux ont essentiellement dit qu'ils allaient voter contre le budget, ce qui provoquerait des élections. Cela voudrait dire que la CAQ et les libéraux décideraient d'eux-mêmes de faire de la charte un enjeu de la prochaine élection. S'ils décident de nous défaire, et que la charte n'a pas été adoptée, l'une des conséquences est que la charte deviendra un des enjeux de l'élection», a commenté M. Drainville.
Ce scénario d'élections hâtives n'incitera pas pour autant le gouvernement à mettre de l'eau dans son vin. D'entrée de jeu, le ministre a indiqué qu'il n'était pas question que le gouvernement recule sur son projet d'interdire aux employés de l'État de porter des signes religieux.
Cette interdiction constitue un volet «essentiel et incontournable du projet de loi», a soutenu M. Drainville dans ses remarques d'ouverture de cette commission parlementaire qui devrait durer au moins deux mois. La commission a reçu plus de 200 mémoires de personnes et d'organismes intéressés à témoigner et à faire valoir leur point de vue aux élus.
La neutralité religieuse de l'État doit être visible et s'incarner dans l'image projetée par ses employés, a dit en substance le ministre pour justifier sa position sur les signes religieux. «Il faut incarner la laïcité», selon lui.
Le ministre Drainville a aussi voulu se faire rassurant pour les croyants, en rappelant que le projet de loi ne visait pas à empêcher qui que ce soit de pratiquer sa religion.
Le porte-parole de l'opposition officielle, le député libéral Marc Tanguay, a répliqué en déplorant le fait que le gouvernement ait choisi d'adopter une stratégie «électoraliste» en cette matière. Il a noté que la plupart des éléments contenus dans le projet de loi faisaient consensus parmi les élus des différentes formations, sauf la question controversée de l'interdiction des signes religieux.
«Ce qui divise la population, c'est l'interdiction de porter des signes religieux, a déclaré M. Tanguay. Le gouvernement du Parti québécois veut tabler sur cette division en vue des prochaines élections et le ministre ne bougera aucunement sur cette atteinte aux libertés.»
Mais les libéraux de Philippe Couillard ne sont toujours pas prêts, de leur côté, à rendre publique leur position sur la neutralité de l'État et la lutte à l'intégrisme, ce qui devrait être fait dans les prochaines semaines.
Le premier témoin entendu était un leader syndical, l'ancien président de la CSQ, Réjean Parent, venu à titre personnel. M. Parent appuie l'interdiction des symboles religieux chez les employés de l'État, même si cela implique le congédiement des contrevenants.
«Il appartiendra aux employés de l'État de voir comment ils naviguent avec ces règles-là. S'ils ne veulent pas suivre les règles, jusqu'à un certain point, ce sont eux qui se congédient ou qui s'excluent» d'eux-mêmes, a-t-il dit.