Dommages collatéraux

Chose surprenante, le parti du maire Maxime Pedneaud-Jobin n'a pas voté d'une seule et même voix, cette semaine, dans l'épineux dossier du 79, chemin Fraser à Gatineau.
Le vote d'Action Gatineau s'est divisé en deux factions, alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que le maire et ses 4 conseillers suivent une ligne de parti sur un enjeu aussi crucial que symbolique.
C'est d'autant plus étonnant que le parti du maire promettait en campagne électorale d'instaurer un «développement intelligent et durable» à Gatineau. C'était l'un des pans majeurs de sa plate-forme.
En ce sens, cette «maison de la discorde» construite au mauvais endroit sur le chemin Fraser fournissait une occasion en or de marquer la volonté de changement du parti.
Or, ce n'est pas arrivé.
Alors que Richard Bégin et Myriam Nadeau se rangeaient parmi les partisans de la ligne dure et prônaient la démolition de la somptueuse demeure, le maire Pedneaud-Jobin et deux autres élus d'Action Gatineau votaient pour le statu quo de peur de plonger la Ville dans une saga judiciaire à l'issue incertaine.
Ce vote discordant laisse songeur.
Car enfin, à quoi sert un parti politique si, dès que les choses se corsent, ses membres élus délaissent la ligne de parti pour voter en leur âme et conscience? Disons-le, la ressemblance entre les élus d'Action Gatineau et les élus indépendants était frappante cette semaine...
On a beaucoup vanté, en campagne électorale, la cohérence et la vision d'ensemble qu'un parti comme Action Gatineau apporterait à la gestion d'une grande ville de 270 000 habitants. Mais depuis l'élection, on sent moins la présence du parti. Comme s'il se cherchait après avoir réussi son objectif de faire élire un maire et des conseillers à la Maison du citoyen. Le vote discordant de mardi est peut-être un symptôme de ça.
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On peut aussi en conclure, comme le fait le conseiller Richard Bégin, qu'Action Gatineau vient de faire la preuve qu'il est un parti différent.
«Ceux qui insistaient pour dire qu'Action Gatineau était un parti comme les autres et qu'une fois que le chef décidait quelque chose, tout le monde devait se ranger, eh bien, ils doivent savoir qu'aujourd'hui, le droit à la dissidence, c'était vrai», m'a-t-il fait remarquer.
Là-dessus, il me semble que le droit à la dissidence devait porter sur les enjeux locaux. Alors que la ligne de parti valait pour les grandes orientations. Or le 79, chemin Fraser, en raison de sa portée symbolique, m'apparaît plutôt de cette dernière catégorie. C'est le dossier qui a suscité les plus vifs débats au sein de ce conseil, plus encore que Guertin, c'est dire...
En outre, M. Bégin estime que son désaccord avec le maire porte moins sur le fond que sur la stratégie. «Le maire, comme mes autres collègues d'Action Gatineau, continuent de m'appuyer fermement dans ma volonté de changer les choses sur le plan de l'urbanisme dans cette ville», assure-t-il.
Fort bien. Sauf qu'on sent l'impatience de Richard Bégin de mettre en oeuvre les réformes qu'il souhaite. Et ce désaccord sur les «moyens», comme il le dit, pourrait très bien devenir un désaccord sur le fond si les choses ne progressent pas assez vite à son goût.
M. Bégin est du type pur et dur et il se comporte en politique comme quelqu'un qui n'a rien à perdre. Alors que le maire, lui, doit négocier ses appuis et gouverner en fonction de l'intérêt général, pas seulement des objectifs du parti.
Il faudra donc voir si Action Gatineau parviendra à fédérer, comme il l'a fait jusqu'ici, les divergences qui surgiront dans ses rangs.
Mais déjà, l'exercice du pouvoir force le parti à faire des concessions sur les beaux principes élaborés en congrès. Parfois au prix de la cohérence du message comme on l'a vu cette semaine.
L'avenir nous dira bien assez vite si cette «maison de la discorde» a provoqué des dommages collatéraux au sein du parti politique.