Dany LaferriereEtienne Ranger LeDroit

Dialogue à livre ouvert avec Dany Laferrière

«Une identité, c'est une prison. Deux, c'est l'enfer. Mais trois, c'est la liberté!» a clamé Dany Laferrière, soulevant les rires parmi les quelque 150 élèves de l'École secondaire de l'Île, qu'il a rencontrés jeudi matin.
Questionné par une étudiante de cinquième secondaire à savoir s'il se considère plus Haïtien ou Québécois, le principal intéressé a déclaré: «J'ai écrit Je suis un écrivain japonais justement pour ne pas avoir à répondre à ce débat avec moi-même! Au final, je viens du pays de mon lecteur et c'est là, pour moi, le plus important.»
De sa récente élection à l'Académie française à ses sources d'inspiration, en passant par l'importance du livre et des lecteurs: l'immortel Dany Laferrière a profité de son passage à Gatineau, jeudi, pour réfléchir sur son métier, son rapport à l'écriture et sur son identité, dans le cadre de trois conférences offertes à des étudiants et leurs enseignants de niveaux secondaire, collégial et universitaire.
«C'est un cadeau qu'il nous a fait [hier] matin, en nous donnant envie de lire autrement que juste les mots sous nos yeux, mais de chercher à mieux les comprendre», a mentionné Delphine Bordeleau, emballée, au terme de la rencontre d'une heure à l'École secondaire de l'Île.
«J'ai trouvé particulièrement intéressant quand il a parlé qu'un livre peut changer de sens selon notre humeur ou notre âge», a enchaîné Audrée Lavigne, elle aussi étudiante de cinquième secondaire.
«Je n'ai pas aimé L'Énigme du retour, a avoué leur consoeur Laura Agla. Mais là, pour la première fois, j'ai envie de relire un livre que je n'ai pas aimé!»
Un commentaire qui aurait sûrement eu l'heur de plaire à Dany Laferrière qui, justement, faisait valoir quelques instants auparavant que «la vraie promesse de la littérature, c'est quand un lecteur vous cherche jusqu'à vous trouver».
«Ouvrir un livre, c'est établir un dialogue. C'est le seul moment où les morts sont plus vivants que les vivants. Quand vous ouvrez Candide, par exemple, Voltaire vous parle et vous l'écoutez, même s'il est décédé depuis plus de 200 ans», a-t-il soutenu.
À ses yeux, un livre fermé équivaut à un auteur contraint au silence. Et comme, pour lui, l'objet n'est pas mort mais bien vivant, «vaut mieux le donner ou le laisser sur un banc» afin qu'il puisse parler à celui ou celle qui voudra bien l'écouter.
«Chaque fois qu'un livre ne trouve pas au moins un lecteur, la littérature est en danger, car elle risque de s'uniformiser», a-t-il renchéri, rappelant du même souffle qu'il ne faut pas se laisser impressionner par les tirages ou le succès populaire d'un auteur pour en déterminer la véritable valeur.
M. Laferrière a d'ailleurs cité l'exemple de Stendhal (Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme), peu lu de son vivant. «Stendhal a dit que s'il n'avait pas de lecteurs, c'est parce qu'ils n'étaient pas encore nés. Et il a eu raison!»
Quant aux fautes de français, il a admis lui-même en faire. Celle qu'il fait presque de manière récurrente? 
«J'ai toujours mis un 's' à parmi. Peut-être parce que ce mot suggère le choix, donc la pluralité des options, et qu'il serait logique qu'il prenne un 's' à la fin... Tiens, ce pourrait être ma proposition à l'Académie, ça!» a-t-il lancé, à la blague, avant de rappeler, plus sérieux: «On a le droit de faire des fautes, mais il faut les corriger!»