Les expositions Éléments éphémères et Voyage sans retour amènent le visiteur de l'infiniment délicat à l'impressionnant brut.

Deux expositions, deux voyages époustouflants

Des pièces de joaillerie minutieusement perlées de Gabby Ewen, présentées à l'Espace Pierre-Debain, à la fascinante arche de Noé métallique de Mustapha Chadid, exposée à Art-image : les expositions Éléments éphémères et Voyage sans retour amènent le visiteur de l'infiniment délicat à l'impressionnant brut. Dans les deux cas, le souci du détail s'avère époustouflant.
Éléments éphémères
Gabby Ewen joue des perles, des pierres semi-précieuses et précieuses (perles, oeil-de-tigre, lapis-lazuli, etc.) et du fil d'or, d'argent, de cuivre, de laiton comme une artisane le ferait de son fusain. « Je ne compte ni mes heures, ni le nombre de perles que je peux utiliser pour une pièce. Disons que c'est ma forme de méditation à moi », fait valoir en souriant celle dont personne ne pourrait remettre en cause la patience.
Ainsi, elle crée des chaînes torsadées qu'on imagine bien décorer fort joliment une taille, s'enrouler autour d'un cou ou serpenter le long d'un bras. Pour ce faire, la résidente de Poltimore, dans la Petite-Nation, a développé sa propre technique, s'inspirant du filage à la main.
Car tout ce qu'elle présente à l'Espace Pierre-Debain est créé à la main, avec autant de concentration que de sens artistique, des barrettes pour les cheveux ornementées aux nombreux colliers tout aussi savamment agencés.
L'artiste utilise également la méthode de perlage français pour offrir d'autres types de colliers, ainsi que des boucles d'oreille d'une finesse évoquant pour leur part la dentelle.
« J'aime qu'un accessoire puisse avoir de multiples usages et formes. Je travaille la versatilité des matières que j'utilise », soutient Gabby Ewen, dont le travail à toujours eu un lien avec la haute couture faite main.
Voyage sans retour
Inutile de dire que le choc visuel relève d'un tout autre ordre de grandeur lorsqu'on se pointe à la galerie Art-image de la Maison de la culture de Gatineau.
D'emblée, l'installation de Mustapha Chadid saisit par sa taille, pour le moins imposante : à lui seul, son étrange vaisseau spatial à l'allure aussi antique (à cause de la rouille) que futuriste occupe presque tout l'espace.
Mais si c'est ce côté grandiose qui capte l'oeil a priori, ce sont ensuite les nombreux détails qui forment ladite sculpture qui titillent l'intérêt du regard : le clavier du tableau de bord, composé de cercles de métal disposés à l'avenant ; l'ingénieux dispositif qui, sur un plateau rotatif, permet d'un côté à un peigne de tracer du sable et, de l'autre, à une lame d'aplanir le tout ; les complexes engrenages incrustés dans le vaisseau, etc.
« Je me suis amusé comme un fou ! En fait, j'ai fait tout le contraire de ce que mon père me disait que la sculpture devait être, quand j'étais plus jeune ! » clame l'homme, qui a sans l'ombre d'un doute écouté l'enfant en lui pour construire le tout.
Ce faisant, M. Chadid a voulu (faire) réfléchir sur l'avenir de l'humanité et de la Terre. Il ne faut dès lors pas s'étonner de voir rassemblées, à l'intérieur du cockpit, moult éprouvettes contenant autant de prélèvements d'espèces végétales ou autres menacées.
L'environnement sonore dudit cockpit (qui comprend même un lit pliant !), jumelé aux deux écrans où sont projetées en boucle des images de radars, rappellera peut-être d'ailleurs à certains l'univers des jeux Myst et Riven.
On ne peut que regretter que les trois autres éléments de l'exposition (fauteuil, secrétaire et luminaire) ne soient pas mieux mis en évidence, perdus qu'ils semblent être dans le fond de la salle. Il aurait pu être des plus intéressants de les placer à l'avant, les transformant ainsi en sorte de bureau de savant fou où seraient exposés les plans et esquisses de Mustapha Chadid.