Bill Clennett a installé une banderole entre les deux arbres situés derrière le Musée canadien de l'histoire afin de protester contre leur coupe.

Deux arbres, un débat

L'activiste Bill Clennett ne lâche pas facilement le morceau.
Voilà qu'il prend fait et cause ces jours-ci pour ces deux grands saules qu'on veut couper derrière le Musée canadien de l'histoire, afin de dégager la vue pour les Grands Feux du Casino, qui déménagent sur le site.
Vendredi, M. Clennett est allé installer une banderole entre les deux troncs avec une inscription en grandes lettres vertes: Sauvons ces arbres! Puis il a pris une photo qu'il a fait circuler sur Twitter et Facebook.
Plus tôt cette semaine, M. Clennett appelait la Ville de Gatineau à intervenir pour empêcher la disparition des saules. Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, lui a poliment fait comprendre qu'il ne se mêlerait pas de ça. Gatineau n'a sans doute pas envie d'affronter de nouveau la CCN après son revers devant les tribunaux dans le dossier de la rue Gamelin.
Une nouvelle fois, je me suis étonné que le sort de ces deux arbres soit devenu rien de moins qu'une affaire d'État, comme le constatait mon collègue Pierre Bergeron dans un récent éditorial.
Car enfin, on coupe actuellement des milliers de frênes malades à Gatineau et Ottawa. Et à part quelques lettres ouvertes dans les journaux, je n'ai vu personne déchirer sa chemise. Et soudainement, pour deux arbres, voilà qu'on frise la crise constitutionnelle.
Car vous le savez sûrement, l'un des arbres est situé en territoire canadien, l'autre en territoire québécois, ce qui complexifie considérablement l'affaire. La CCN a dit qu'elle couperait son arbre si Québec consentait à couper le sien. Et on semble prendre l'affaire terriblement au sérieux.
J'entendais à la radio l'autre jour la députée Maryse Gaudreault assurer que Québec étudiait la situation avec soin et qu'une décision serait rendue rapidement... Tout ça avec le même ton que si elle parlait de résoudre une crise majeure.
Misère, on parle de deux arbres!
Entendons-nous: moi non plus, je ne les couperais pas les deux arbres. Accommoder le promoteur d'un événement pour quelques soirées de feux d'artifice et priver le site de deux beaux arbres en santé tout le reste de l'année, je trouve ça bête. Mais je n'en ferais pas un drame.
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La vérité, c'est qu'on cherche à faire un symbole de ces deux arbres. Bill Clennett ne s'en cache pas. «C'est une petite bêtise qui témoigne d'un problème beaucoup plus large de notre société», faisait-il valoir vendredi.
Ces deux saules majestueux, sur le bord de la rivière des Outaouais, sont devenus le symbole d'un tas de choses importantes, notamment pour la gauche que M. Clennett incarne si souvent avec intelligence et discernement.
Ces deux arbres sont le symbole de l'État qui se permet des choses que le citoyen moyen ne peut se permettre. C'est le symptôme d'une société qui se cherche entre la nécessité de faire rouler l'économie et l'importance de préserver son environnement.
Mais parfois, à force de chercher à ériger des symboles, on perd le contact avec la réalité.
Il m'est revenu une scène de ce film, Les Faussaires, qui date de 2007.
Ça se passe dans un camp de concentration. Il s'y trouve deux prisonniers juifs très différents, l'un idéaliste, l'autre terre à terre.
Observant deux autres prisonniers partager une soupe, l'idéaliste s'exclame, émerveillé: «C'est du communisme!»
Et l'autre de rétorquer: «Calme tes nerfs, chose. C'est juste de la soupe.»
Voilà, c'est ce que je voulais dire.
C'est juste deux arbres.