Des vacances peu reposantes

Fini, les devoirs! Dans Les vacances du Petit Nicolas, suite des aventures cinématographiques du petit personnage de Sempé et Goscinny, le réalisateur Laurent Tirard (Le Petit Nicolas, Molière, Astérix et Obélix: Au service de Sa Majesté) envoie le garçon à la plage en jouant à fond, opus citatum, la carte (postale) rétro, prise dans les premières vagues des congés payés et du tourisme de masse.
La petite famille réunit toujours Kad Merad et Valérie Lemercier en père et mère. On pimente en ajoutant un ingrédient: la grand-mère bonbons-en-échange-de-bisous (Dominique Lavanant, au profil idéal pour le rôle), ce qui fera grincer papa, pour qui «mémé et vacances, c'est une contradiction dans les termes».
Mais Nicolas, lui, a changé de face, seule façon de le garder juvénile, puisque cinq ans se sont écoulés entre les deux films. Cette série est moins violente que Game of Thrones (zéro coup de poing et gros mot, ici, même si on y verra tout de même une furtive paire de fesses), mais mieux vaut ne pas trop s'être attaché aux personnages du premier long-métrage, car ils ont tous disparu. Pas trépassés, mais partis en vacances chacun de son côté... Nicolas sera donc contraint de se faire de nouveaux amis parmi les enfants qui érigent des châteaux de sable ou les démantibulent.
Certes, il rencontrera là Blaise, le fils des propriétaires de l'hôtel Beau-Rivage; Djodjo, à l'accent britannique; Fructueux, qui passe son temps à grignoter; Crépin, dont les glandes lacrymales fonctionnent à plein régime; Côme, énervant sur les bords . Et il apprivoisera Isabelle (sans oublier tout à fait Marie-Edwige, partie à la montagne) qui lui fait pourtant l'effet de Shining à chaque fois qu'elle l'observe avec ses yeux de merlan frit écarquillés.
Mais, curieusement, les gamins en culottes courtes ne sont pas au centre de l'histoire. La trame narrative se penche sur des problèmes d'adultes - le couple, la confiance, mais aussi le fric ou la relation au travail - à mesure que les parents croisent de vieux amis (dont Bernique, sous les traits de l'impayable Bouli Lanners), et d'autres personnages dont l'exotisme risque de mettre le couple en péril. Des problèmes parfois vus à travers le prisme de l'enfance, mais pas systématiquement. Il y a presque deux récits montés en parallèle, le second s'adressant surtout aux adultes, malgré les gags bon enfant qui le parsèment.
Les deux s'entrecroisent évidemment, les enfants trouvant toujours une solution astucieuse pour régler - croient-ils - un problème de «grands».
La proposition «familiale» de ne pas cantonner le récit à des enfantillages n'est pas bête: après tout, qu'est-ce qu'un enfant sinon un adulte en apprentissage? En tous les cas, elle est bien dans l'esprit du tandem Sempé-Goscinny, chez qui enfance ne doit pas forcément rimer avec innocence. Reste à voir si le jeune public comprendra assez de choses pour ne pas décrocher.
On ne rit pas aux éclats, mais on se laisse amadouer par le ton paisible et rétro, fleurant bon les années 1960. Le film égrène surtout des gags qui, malgré tout le génie des auteurs, ont vieilli (ce que, bien sûr, les enfants ignorent). Mais on retrouve indéniablement en images cette poésie et cette douceur surannées qui ont fait le succès littéraire du Petit Nicolas. Son humour fait preuve davantage de modernité lorsqu'il nous prend par surprise en distillant aussi des clins d'oeil cinéphiles référant à Jaws, The Twilight Zone, Mission: Impossible ou encore à Fellini, Bogart ou Sophia Loren, sirène james-bondesque émergeant de l'océan.
Soulignons, dans la même veine, l'amusante série de flashs imaginatifs de Nicolas, lorsqu'il entend par exemple parler de mariage arrangé ou de «mémé qui les enterrera tous», et l'effort créatif des génériques d'ouverture et de fin.
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Les vacances du Petit Nicolas. De Laurent Tirard. Avec Kad Merad, Valérie Lemercier, Mathéo Boisselier, Bouli Lanners.
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