Les super infirmières comme Chantal Nadon sont une denrée rare. En Outaouais, on en compte à peine 13.

Des super infirmières, par pitié

Comment se fait-il qu'on ait encore si peu de super infirmières comme Chantal Nadon en Outaouais? À elle seule, elle est en train de vider une bonne partie de la liste d'attente pour avoir accès à un médecin de famille dans la région du Pontiac.
En un an, elle s'est bâti une clientèle de 315 patients qu'elle visite dans les cliniques, les CLSC et les hôpitaux. Elle soigne des nouveau-nés, des enfants, mais aussi de gens atteints de maladies chroniques stables: diabète, hypertension, cancer, problèmes pulmonaires...
Chantal Nadon est l'une des trop rares infirmières praticiennes spécialisées (IPS) de l'Outaouais. Les médias les ont affublées du titre de «super infirmière» et ce n'est pas pour rien.
En plus d'un baccalauréat, elles ont complété une maîtrise qui les autorise à prendre en charge des patients, accomplir des actes médicaux, prescrire des médicaments et même établir des diagnostics, sous la supervision d'un médecin.
Bref, les super infirmières ne sont pas des docteurs, mais c'est tout juste.
Après avoir obtenu son diplôme à l'UQO, Chantal Nadon a hérité d'un poste de super infirmière à l'hôpital de Shawville. Depuis un an, les résultats sont spectaculaires.
Des médecins incapables de prendre de nouveaux patients peuvent se permettre de le faire avec le soutien d'une «IPS» comme on les désigne dans le jargon. Si bien qu'aujourd'hui, Mme Nadon collabore avec un groupe de 9 médecins-partenaires pour traiter des patients de toute une région.
«La différence que je fais, c'est que les gens qui se sont mis sur une liste d'attente pour avoir accès à un médecin de famille, je les prends. Je vide les listes. Je suis rendu à 315 patients et à terme, on vise une liste de 500 à 800 patients», dit-elle.
Quand Chantal Nadon a un trou dans son horaire, ce qui lui arrive à l'occasion, elle donne un coup de main à l'urgence de Shawville. Là aussi sa présence se fait sentir de façon spectaculaire.
Des cas bénins, qui engorgeraient l'urgence de Gatineau ou de Hull pendant des heures, sont expédiés en un rien de temps. C'est elle qui prescrit des antibiotiques à l'enfant atteint d'une otite ou renouvelle la prescription d'un malade souffrant d'hypertension. «À deux, avec le médecin, la salle d'attente se vide, c'est pas trop long», raconte-t-elle.
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Chantal Nadon aurait voulu parler au ministre de la Santé Réjean Hébert quand il est passé à Gatineau la semaine dernière. Lui rappeler sa promesse de miser sur les super infirmières pour désengorger le système de santé.
Car le Québec est en retard sur les autres provinces canadiennes en ce domaine.
Les super infirmières y demeurent une denrée rare. En Outaouais, on en compte 13 à peine.
À l'UQO, le programme de maîtrise n'est offert que depuis 2011 et les diplômées sortent au compte-gouttes. Seulement deux candidates ont été admises au programme de maîtrise l'automne dernier. Deux autres candidats triment pour obtenir les prérequis nécessaires et rejoindre la cohorte en cours de route.
Pendant des années, les médecins se sont montrés peu enclins à voir les infirmières jouer dans leurs plates-bandes. Si bien qu'encore aujourd'hui, les super infirmières du Québec n'ont pas autant de latitude que leurs homologues des autres provinces du Canada malgré un nombre d'heures de formation supérieure.
Mais dans le milieu de la santé de l'Outaouais, les mentalités seraient tranquillement en train d'évoluer à l'endroit des super infirmières. «L'idée fait son chemin», assure Sylvain Dubé, porte-parole du CSSS de Gatineau.
Mais ne vous réjouissez pas trop vite. D'après ce que me disait hier M. Dubé, les nouvelles super infirmières n'iront pas travailler à l'urgence. Elles iront plutôt épauler les groupes de médecine familiale, les CLSC ou les médecins de l'Unité de médecine familiale.
C'est peut-être logique dans un monde idéal, mais pas en Outaouais.
À quand remonte la dernière fois où vous êtes allés vous faire soigner dans un CLSC? À Gatineau, quand on est malade, on va à l'urgence (ou à Ottawa!)
Alors des super infirmières à l'urgence, par pitié!