Des suggestions pour deux saisons

Les journées rallongent et les rayons du soleil nous réchauffent tout doucement. Par moments, ça commence à sentir le printemps... Et puis le grand froid revient! On s'emmitoufle de nouveau et on recherche la chaleur et le réconfort. Coincés entre deux saisons, voici des suggestions de vins parmi les récents arrivages, pour toutes les envies et les occasions.
Prà Soave Otto 2012 (Vintages 74534, 19,95 $)
C'est toujours un bonheur de goûter un vrai bon Soave, parce que malheureusement il y en a beaucoup qui sont des vins quelconques.
Issu à 100% du cépage garganega, et élevé en cuves inox, c'est un vin fin, frais et léger (12%), qui ne manque pourtant pas de caractère.
Très agrumes, encore plus peau blanche d'agrumes, avec quelques notes de pêche. Simplement : frais, extrêmement agréable et digeste.
Et avec des airs de printemps ! Idéal pour des poissons fins, relevés d'agrumes ou d'herbes fraîches, des pâtes aux fruits de mer (toujours en mode fraîcheur, attention à la crème) ou des poissons crus.
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Petit aparté : il y a un mot en anglais que j'utilise souvent en dégustation et qui se traduit difficilement.
Pith, la peau blanche des agrumes. Un arôme que je retrouve souvent dans les blancs du nord-est de l'Italie, dans le pinot grigio par exemple, ou dans certains vins de garganega. Je dis de ces vins qu'ils sont pithy; ça va au-delà de l'odeur, c'est aussi une impression tactile en bouche. Ça sent le citron ou l'orange mais, comment dire, c'est plus pithy.
Outre «peau blanche», le dictionnaire suggère «mésocarpe» ou «albédo». J'ai utilisé albédo à quelques reprises pour le plaisir - on aime bien rire de nous-mêmes parfois en utilisant des mots que personne ne comprend ! Mais disons que, dans une conversation sur le vin, mésocarpe ou albédo ça fait quand même un peu... pédant?
Je me suis donc résolue à utiliser peau blanche en français, même si je trouve que ça ne traduit pas aussi bien mon impression. Le plaisir de trouver les mots justes en dégustation.
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Trimbach Riesling Réserve 2010 Alsace (SAQ 969708, 26,40 $ ; Vintages 995316, 27,95 $)
J'ai eu du mal à ne pas me rouler par terre en y goûtant. Ça fait un peu mauvais genre dans les dégustations.
Dès la première gorgée, je me suis exclamée : qu'est-ce que c'est bon les classiques! Peu importe le domaine, le vin, la gastronomie, la musique, la peinture et bien d'autres, il y a toujours de l'innovation, de nouvelles tendances, mais il y aura aussi toujours les classiques.
Et chaque fois qu'on y revient, on a comme un sentiment de réconfort. C'est ce que j'ai ressenti en goûtant ce riesling: un vin extraordinairement bon, tout ce qu'il y a de plus riesling alsacien, et sans fioritures, sans tambour ni trompette, juste du vrai bon riesling. Très aromatique, avec des notes d'aiguilles de pin, de romarin, de pomme verte, d'agrumes et de fleurs blanches.
Et très minéral. La bouche est vive, goûteuse, de plus en plus complexe et minérale. Mais pas des arômes de pétrole, plus caillouteux. Un superbe riesling, d'un excellent rapport qualité-prix, déjà délicieux à boire, mais qui se gardera aussi encore longtemps. Au moins 8 à 10 ans, et probablement plus.
L'aubaine du mois! On commence à bien connaître cette maison qui offre des vins d'un excellent rapport qualité-prix, ce qui n'est pas chose commune en Bourgogne. Un autre classique: des arômes de pomme et de poire, une pointe de beurre et quelques notes boisées et épicées très bien dosées.
Frais, long et d'un équilibre exemplaire. Aussi bon sinon meilleur que bien d'autres Bourgognes blancs plus ambitieux et plus chers.
Pour sortir des sentiers battus, un délicieux blanc de Savoie. D'abord, quelques explications: Roussette de Savoie est l'appellation, altesse est le cépage. Et rien que pour vous mélanger un peu, roussette est un vieux synonyme d'altesse.
Peu importe son nom, c'est un vieux cépage savoyard, qu'on a longtemps cru associé au furmint de Hongrie, mais il n'en est rien. Contrairement aux vins de la région issus de chasselas, qui sont plutôt vifs et légers, celui-ci fait preuve d'un très joli gras en bouche, d'une texture ronde, mais sans manquer de fraîcheur. Des arômes de poire et de fruits à noyau, d'amande amère et de fleurs. Et ce petit quelque chose d'alpin, qui rappelle l'air frais des montagnes et les pâturages en fleurs.
Ceux qui me suivent depuis un certain temps savent que j'affectionne le Beaujolais et que j'aime beaucoup les vins de Jean-Paul Brun, un vigneron d'exception.
Ce vin était disponible à la SAQ au même prix, et je me désolais déjà qu'il n'y en ait plus. Voilà qu'il réapparaît à la LCBO: faites-en provision! C'est le vin passe-partout par excellence, et définitivement une bouffée d'air frais pour se mettre en mode printemps! Bourré de petits fruits rouges (canneberges, framboises, gabelles), croquant, friand et gourmand, léger, mais sans manquer de structure ou de profondeur. Bref, délicieux! À servir frais, autour de 14-15°C, à l'apéro, avec un plateau de charcuteries, un poulet rôti, ou en regardant fondre la neige au soleil!
Assemblage méditerranéen classique de grenache, syrah et mourvèdre. Des arômes et des saveurs de liqueur de cassis, de mûres et de kirsch, mais aussi de garrigue et d'anis.
Une bouche solide, chaleureuse (14,5%) avec des tanins présents mais mûrs et joufflus. Tout le plaisir du grenache bien mûr, mais sans excès. Par contre, définitivement pour la table et pour des envies de réconfort. Il sera délicieux avec des viandes braisées, voir un tajine ou un couscous.