Des chats bilingues

L'animalerie Pet Smart, du chemin Innes à Ottawa, est sûrement le seul endroit au Canada où vous trouverez des chats bilingues.
Mais non, les chats ne parlent pas! Mais ils comprennent sans doute les deux langues officielles. Parce que tous les chats placés en adoption à ce Pet Smart du chemin Innes proviennent de la SPCA de l'Outaouais.
Carole Moore, une dame originaire du Saguenay qui vit à Ottawa depuis de nombreuses années, adore les animaux. Auteure de livres pour enfants, elle voulait faire du bénévolat dans ses temps libres. Elle a donc décidé de donner un peu de son temps à la SPCA de l'Outaouais.
Pourquoi à Gatineau si elle habite de l'autre côté de la rivière? Pourquoi ne pas faire du bénévolat à la Société protectrice des animaux (SPA) d'Ottawa?
«Parce que je ne suis pas très bonne à trouver mon chemin, répond-elle en riant. Et le trajet de chez moi à la SPCA de l'Outaouais était plus simple. Pourvu que je trouve une façon d'aider les animaux, la province n'a pas d'importance.»
L'automne dernier, Mme Moore a vu sur le site Web du Pet Smart d'Ottawa que cet immense magasin pour animaux, qui est situé à deux pas de chez elle, était à la recherche de bénévoles pour sa section d'adoption de chats.
«On cherchait quelqu'un pour s'occuper de la paperasse d'adoption et tout ça, dit-elle. Donc j'ai décidé d'y aller. Mais je me suis vite rendue compte que j'étais la seule bénévole et que les chats n'avaient presque pas d'interaction avec les employés. Ceux-ci passaient changer les litières mais ils n'avaient pas le temps de donner un peu d'affection aux chats. (Ils avaient d'autres chats à fouetter, quoi...). Donc je me suis donnée ce rôle. Et je me suis mise à la recherche de d'autres bénévoles qui pourraient donner un peu d'amour et un peu de leur temps à ces chats.»
Son appel a été entendu. Aujourd'hui, Mme Moore est à la tête d'une armée de 15 bénévoles qui se relaient au Pet Smart pour voir au bien-être des chats en adoption.
«Il y a de deux à trois personnes par jour pour s'occuper des chats, dit-elle. Chaque bénévole doit donner de deux à trois heures par semaine, mais certains viennent tous les jours. Et depuis que nous sommes ici, les gérants nous disent que l'adoption de chats n'a jamais si bien été à leur magasin.
- Comment expliquez-vous ça?, que je lui demande.
- C'est parce que nous, les bénévoles, connaissons les chats. Ils ne sont plus anonymes. On connaît leur nom. On peut dire à un client que ce chat est affectueux, que l'autre est plus timide, ou que celui-ci est joueur. Chaque chat devient unique. Et si un chat est ici pour plus de deux semaines, on explique aux clients que ce chat fait pitié, qu'il est un peu déprimé parce que personne ne le choisit. Et on voit qu'on touche une corde sensible chez plusieurs. Et souvent, ils choisissent ce chat. C'est très rare qu'un chat reste ici en adoption pour plus de deux semaines. Surtout que depuis que moi et les bénévoles sommes ici.»
Et Mme Moore s'assure toujours de dire à la blague aux clients que les chats comprennent l'anglais et le français puisqu'ils sont originaires de Gatineau. Et justement... pourquoi la SPCA de l'Outaouais met-elle ses chats en adoption dans un Pet Smart d'Ottawa?
«Parce que ça permet à la SPCA d'avoir plus de visibilité, répond Mme Moore. La SPCA obtient une autre vitrine, un autre public. Les gens d'Ottawa qui veulent adopter un chat iront habituellement à la SPA d'Ottawa ou ici, au Pet Smart. Ils n'iront pas jusqu'à Gatineau. Et puisque la SPA d'Ottawa n'apporte pas de chats ici pour adoption, le magasin accepte ceux de la SPCA de l'Outaouais. Et les gens là-bas ne demandent pas mieux. Ils savent que «leurs» chats seront adoptés. Et tous les profits (l'adoption d'un chat vacciné et stérilisé coûte de 200 à 250$) vont à la SPCA de l'Outaouais.»
Les bénévoles de Carole Moore sont de tous les âges. D'un homme à la retraite jusqu'à une jeune fille de 12 ans. Et beaucoup d'étudiants, souligne Mme Moore.
«Les adolescents au secondaire en Ontario doivent faire 40 heures de bénévolat par année afin d'obtenir leur diplôme, explique-t-elle. Donc beaucoup d'entre eux choisissent de venir ici.
«Puis il y a Kathy, la plus jeune, elle est âgée de 12 ans. Sa mère m'a appelée un jour pour me dire que Kathy adorait les animaux, mais qu'elle ne pouvait en avoir à cause d'allergies chez certains membres de sa famille. Puis la dame m'a expliqué que sa fille était timide, et que de faire du bénévolat ici l'aiderait peut-être à sortir de sa coquille. Je lui ai répondu que les bénévoles devaient être âgés d'au moins 16 ans. Mais que si Kathy voulait venir pendant que j'étais ici, que ça me ferait plaisir de l'accueillir. Elle a accepté. Et à sa première journée, Kathy n'a pas cessé de répéter comment elle était heureuse ici à prendre soins des chats. Quand sa mère est venue la chercher et qu'elle a vu l'étincelle dans les yeux de sa fille, elle m'a dit, les yeux plein d'eau: «Vous vous ne rendez pas compte ce que vous faites pour elle». Je lui ai répondu: «vous ne vous rendez pas compte ce que Kathy apporte aux animaux et ce qu'elle fait pour moi.»